Critiques de films

Critique : L’Ordre et la morale, de Mathieu Kassovitz

26 ans après La Haine, Mathieu Kassovitz revient derrière la caméra pour un nouveau film engagé, évoquant une prise d’otage en Nouvelle-Calédonie à la veille des élections de 1988 en France.

 

Affiche du film L'Ordre et la morale, de Mathieu Kassovitz
Affiche du film L'Ordre et la morale, de Mathieu Kassovitz

Avril 1988, Île d’Ouvéa, Nouvelle-Calédonie.  30 gendarmes retenus en otage par un groupe d’indépendantistes Kanak.  300 militaires envoyés depuis la France pour rétablir l’ordre.
2 hommes face à face : Philippe Legorjus, capitaine du GIGN et Alphonse Dianou, chef des preneurs d’otages.  À travers des valeurs communes, ils vont tenter de faire triompher le dialogue.
Mais en pleine période d’élection présidentielle, lorsque les enjeux sont politiques, l’ordre n’est pas toujours dicté par la morale…

 

Parfois, vous préférez un homme de cinéaste dans un rôle, un poste, et pas un autre. Mathieu Kassovitz est l’un d’eux. De Métisse en 1993 à L’Ordre et la morale en 2011, Kassovitz s’est imposé comme un homme à tout-faire, non pas parce qu’il sait faire, mais parce qu’il veut faire. Alors comme tout homme, il ne peut être parfait. Kassovitz est bien meilleur devant la caméra qu’il ne l’est derrière. La Haine est peut-être l’exception (Prix de la mise en scène à Cannes, 3 Césars). En tant qu’acteur il est pourtant bien rare. Une grosse performance (encore engagée) chez Costa-Gavras est son véritable fait d’arme, comme l’est La Haine côté réalisation. En dehors de ces films, Kassovitz n’est pas grand-chose. Un perturbateur qui adore créer la polémique et soulever des débats, mais aussi capable de faire de la commande aux Etats-Unis (Gothika et Babylon A.D). Alors certains ont cru voir dans L’Ordre et la morale un retour de Kassovitz au premier plan. Il est clair que dans ce film, on ne voit que lui. Et alors ? Il est vrai aussi que son film à coûté un peu plus de 15 millions d’euros ce qui est énorme pour une production nationale. La vérité n’a pas de prix. Encore faut-il bien la représenter. Car L’Ordre et la morale est loin d’être un Apocalypse Now ou un Platoon. Ce n’est pas non plus La 7ème Compagnie. C’est plutôt une sorte de faux téléfilm, bien déguisé, faussement viscéral, mais assez passionnant à suivre et à regarder. Question mise en scène, le film ne casse pas des barreaux de chaises. Kassovitz tente des plans, joue de la caméra au poing dans les scènes de combat, nous donne le tournis. Il use de gongs en fonds sonores, nous guide avec une voix-off (France 2 sait qu’il aime ça, autant en profiter). Scénaristiquement, son film est presque trop bien écrit, très lisse, comme ses personnages acteurs. Tellement qu’il nous explique comment fonctionnent les différents corps de l’armée à travers les personnages. Assurément, quelqu’un du GIGN ne sait pas comment fonctionne l’Armée de Terre. Non le spectateur est trop idiot, il doit savoir. Il joue sur les évidences, rend son récit lisse, pas franchement impartial, et de la vérité, il n’en ressort rien de concret.

 

Extrait du film L'Ordre et la morale (2011)
Extrait du film L'Ordre et la morale (2011)

 

Presque nombriliste mais pas trop, plutôt pourfendeur des injustices, il travaille depuis dix ans sur le projet de L’ordre et la morale. S’inspirant directement du livre « Enquête sur Ouvéa », Kassovitz peut au moins se targuer d’être le premier à mettre les pieds dans la vase, à deux ans environ d’un referendum crucial pour l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, encore territoire français. Le sujet néo-calédoniens et les espoirs d’indépendances des engagés Kanaks sont méconnus en métropole. Pourtant, il s’agit bien de notre histoire, et comme l’indique le film, toute comparaison avec la Guerre d’Algérie ne serait que purement fortuite. Et pourtant. Cela dit, Kassovitz a touché un point sensible et il le sait. Son film n’a toujours pas trouvé de distributeur en Nouvelle-Calédonie. Lui parle de « pressions politiques » (faut avouer que c’est bandant de créer des remous dans les hautes sphères dirigeantes), pendant que d’autres locaux parlent d’un film « caricatural […] qui rouvre des plaies qui s’étaient cicatrisées ». A vous d’en juger…

 

L’avis : Mathieu Kassovitz renoue avec le combat engagé pour nous parler d’indépendance en Nouvelle-Calédonie et de méchants colonisateurs qui ne semblent pas bien prendre la mesure de tous les enjeux sociaux, politiques, historiques ou même culturels. Il signe un film de guerre presque prétentieux, qui se laisse regarder, mais dont on ne retire rien de passionnant, si ce n’est l’envie d’aller puiser plus loin une vérité qui pourrait nous concerner. Bien qu’il y ait 25 000 km entre ces bouts de terres.