Critiques de films

Critique : Love and Bruises, de Lou Ye

Quand le marginal et passionné Lou Ye filme Paris au plus près, cela donne une histoire d’amour improbable, aussi violente qu’ennuyeuse.

Affiche du film Love and Bruises, de Lou Ye
Affiche du film Love and Bruises, de Lou Ye

Hua, étudiante chinoise, habite à Paris depuis peu. Un jour, elle rencontre Mathieu, un jeune ouvrier qui tombe amoureux d’elle. Commence alors une histoire d’amour intense et passionnelle. Cette relation déstabilise Hua qui décide de repartir en Chine. Jusqu’à ce qu’elle prenne conscience de l’importance qu’a prise Mathieu dans sa vie.

Love and Bruises est comme une sorte de continuité dans le cinéma déviant de Lou Ye. Cinéaste reconnu par la critique, le réalisateur chinois n’a probablement plus rien à prouver. Pourtant il s’est lancé un nouveau défi avec ce film : venir à Paris, raconter une histoire d’amour improbable entre une étudiante chinoise qui se cherche, et un prolo bad boy qui monte et démonte les stands de marchés. Comme d’habitude, les thématiques du désir et de l’amour tourmenté sont reprises par le cinéaste, qui cette fois-ci s’est offert l’adaptation du roman de Jie Liu-Falin qui a pour titre Fleur. Censuré dans son pays, notamment pour ses trois films Purple butterfly (2003), Une jeunesse chinoise (2007) et Nuits d’ivresse printanière (2010), Lou Ye est un cinéaste dont le regard se pose, sans concession et avec toute la liberté que le cinéma peut lui donner. Si le régime était clairement visé, on retrouvait à chaque fois une sorte d’érotisme exacerbé, une libération sexuelle sans équivoque. Cette non-limite se retrouve dans Love and Bruises, le cinéaste ne refusant par la violence de la passion, qu’elle soit positive ou non. Les deux premières scènes de sexe sont symboliques de ce paradoxe artistique : la première s’apparente à un film viol, où la consentance est mise en doute, et la seconde est plus proche du partage de l’amour et des corps entre deux sexes qui s’attirent.

Extrait du film Love and Bruises, de Lou Ye
Extrait du film Love and Bruises, de Lou Ye

Pourtant Love and Bruises n’a rien de sensuel. Il repousse plus qu’il n’attire, aussi bien par ses acteurs, que par ce qui est raconté. Lou Ye a cru bien faire en prenant la nouvelle coqueluche du cinéma français comme premier rôle masculin. Mais Tahar Rahim n’atteindra jamais sa puissance émotionnelle et la force qui se dégageait de son personnage dans Un Prophète de Jacques Audiard. Il donne la réplique à une petite inconnue, Corinne Yam, plate dans son jeu. Clairement, les personnages ne nous captivent pas. On ne s’intéresse pas à Hua, ni à Mathieu. La première pourrait avoir un passé qui intrigue, mais le second est tout simplement inaudible, ridicule, jamais convaincant. Cette passion n’atteint rien, si ce n’est le fond. Pour ne rien arranger, Lou Ye s’empare d’une caméra qui ne tient jamais en place, se fixe très rarement sur un point. Un mal de crâne, une forte envie de quitter la salle, voilà ce qui pourrait attendre le spectateur distancé par le récit et la sensation qui doit en ressortir. J’en suis resté distant, à mon grand désespoir. Le talent n’empêche pas un film d’être raté, surtout quand rien ne semble y être.

L’avis : Viscéral et passionnel en même temps, cette love story sortie de nulle part n’intéresse jamais. Ennuyeux en tout point, bourré de clichés inintéressants, avec des acteurs qui ne prennent pas la mesure des personnages, eux-mêmes peu enthousiasmants, on se lasse vite d’un film qui tourne en rond et paraît visiblement raté.

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