BIFFF 2013, Critiques de films, Epouvante-horreur

Critique : Mamá, d’Andres Muschietti

Un premier film d’horreur rudement bien mené.

Deux petites filles ont disparu dans les bois le jour où leurs parents ont été tués. Quand elles sont sauvées, des années plus tard, et qu’elles commencent une nouvelle vie, elles découvrent que quelqu’un ou quelque chose cherche encore à les border pendant la nuit.
5 ans auparavant les 2 sœurs, Victoria et Lilly, disparaissaient de leur banlieue sans laisser de trace. Depuis lors, leur oncle Lucas et sa petite amie, Annabel, les cherchent comme des fous. Mais, lorsque les enfants sont retrouvées vivantes dans une cabane délabrée, le couple se demande si elles sont les seules à s’inviter chez eux. Tandis qu’Annabel tente de les initier à une vie normale, elle est de plus en plus convaincue d’une présence maléfique dans leur maison. Les 2 soeurs souffrent-elles d’un réel traumatisme, ou y a–t-il un fantôme qui leur rend visite ? Comment ont-elles pu survivre seules pendant toutes ces années?

Mamà est un premier film de l’Argentin Andres Muschietti. Il a été adapté de son court-métrage – très efficace soit dit en passant – ou tout du moins d’un extrait particulier (voir ci-dessous) que Guillermo Del Toro a adoré. Le réalisateur du Labyrinthe de Pan y voit alors la possibilité de produire un long. Andy Muschietti s’y collera.

Le film débute sur une scène où un homme effrayé, stressé, rentre chez lui. Il prend ses filles avec lui, part en voiture et fait un accident de voiture dans la neige. Ils survivent tous à l’accident et se mettent en marche jusqu’au moment où ils trouvent une cabane. Là, certains événements se passent et le générique commence.

Ce générique est la première réussite du film (avec la scène de l’accident de voiture, très bien faite). Il montre en dessins ce que deviennent les filles durant les 5 années qui suivent les faits. C’est vraiment un beau générique, annonciateur de la qualité de ce qui va suivre.

Le scénario est original. Assez loin de ce qu’on a déjà vu dans le genre. L’oncle adore ses nièces, il adore s’en occuper. Annabel, sa copine, n’est pas habitée par l’instinct et lorsqu’elle se retrouve seule avec, elle est dépassée, en galère. Avant d’être un film d’épouvante pur, Mamá s’interroge à la fois sur la situation de l’oncle et de sa copine, bassiste dans un groupe de rock, et celle des filles qui ont vécu 5 ans seules dans les bois. On est loin du cadre familial américain habituel visible au cinéma.

Le film est porté par Nicolaj Coster-Waldau, aka Jaime Lannister dans Game Of Thrones et par Jessica Chastain (Take Shelter, Zero Dark Thirty), avec une mention spéciale pour cette dernière, rare dans ce registre. Son rôle de nouvelle mère lui donne l’occasion d’explorer de nouveaux horizons. Elle est maladroite, s’y prend mal parce que tout lui tombe sur les épaules. Une fois de plus, Chastain nous montre l’étendue de son talent. Coster-Waldau n’est pas en reste avec ce double rôle (qui est très vite un simple rôle en fait). Il est très bon dans les scènes dramatiques, clairement son point fort. L’autre élément important dans ce casting est Daniel Kash qui joue le Docteur Dreyfuss, personnage clé du film. Kash mène rudement bien sa barque et donne beaucoup de caractère à son personnage.

Les révélations du film, ce sont les petites filles. Aussi bien quand elles sont toutes petites (mention spéciale à celle qui joue Victoria) que quand elles sont plus âgées. La plus jeune est impressionnante de par son silence, sa présence tandis que l’autre a un visage si expressif que son jeu est un vrai plaisir à regarder.

Comme je le disais en début de critique, c’est le premier film d’Andy Muschietti. Son brio, déjà visible dans le court-métrage frisonnant, réside dans une grande maîtrise pendant tout le film, que ce soit au niveau des plans, des mouvements de caméra, de la direction des acteurs. Il y a une scène très habile où l’on voit Lilly qui joue dans sa chambre par le couloir où les autres passent, montrant ainsi ke découpage de Muschietti. La photographie est également très bonne, toujours prête à servir le réalisateur pour donner plus de frissons au spectateur. Le film souffre toutefois d’un petit passage à vide en son milieu, versant dans le répétitif, probable conséquence de l’adaptation du court-métrage en long-métrage.

Mamá est un premier film d’excellente facture montrant une grande maîtrise du sujet par son réalisateur. S’il souffre toutefois d’un milieu un peu plus faible, le spectateur y trouvera quand même son compte.