Critiques de films, Epouvante-horreur, Thriller

Critique : Maniac, de Franck Khalfoun

Alexandre Aja pilote avec son bras droit Franck Khalfoun l’inutile et navrant remake du classique de William Lustig, Maniac.

 

Affiche du film Maniac, de Franck Khalfoun
Affiche du film Maniac, de Franck Khalfoun

 

Dans les rues qu’on croyait tranquilles, un tueur en série en quête de scalps se remet en chasse. Frank est le timide propriétaire d’une boutique de mannequins. Sa vie prend un nouveau tournant quand Anna, une jeune artiste, vient lui demander de l’aide pour sa nouvelle exposition. Alors que leurs liens se font plus forts, Frank commence à développer une véritable obsession pour la jeune fille. Au point de donner libre cours à une pulsion trop longtemps réfrénée – celle qui le pousse à traquer pour tuer.

 

 

Parmi les plus horribles psychopathes du cinéma se trouve le méthodique et dérange serial killer de Maniac. Campé par Joe Spinell – acteur pur produit de New York passé chez Scorsese – sous la direction de William Lustig, ce Maniac est devenu culte pour sa violence et la cruauté qui habite ce tueur. Maniac, sorti la même année que Vendredi 13 ou Cannibal Holocaust, rentre dans la shortlist de ces films cultes à la violence dérangeante et bricolée. 30 ans plus tard, l’univers du cinéma de genre n’est plus aux films cultes que les amateurs s’arrachent, mais à l’heure des remakes. Reconstruire ou déconstruire les mythes, caricaturer les uns, rejouer les autres ou faire ressusciter, le remake est probablement l’un des exercices les plus complexes du cinéma actuel. Si bien que lorsqu’Alexandre Aja, seul artisan du cinéma gore à faire rimer remake avec habilité (La Colline a des Yeux ou dans un autre degrés, Piranha, sont là pour en témoigner) projette de s’emparer du classique de Lustig, il a toute mon attention. En rameutant de nombreux fidèles à ce remake (le monteur de Mirrors, le chef opérateur de Haute Tension), il confie la mise en scène à Franck Khalfoun, s’occupant avec son pote de toujours, Grégory Levasseur, du scénario. Erreur fatale.

 

Extrait du film Maniac (2013)
Extrait du film Maniac (2013)

 

Que ce soit justement avec le scénario, les choix de mise en scène ou même l’interprétation de son acteur principal, Maniac est d’une béante platitude.  Voulant reprendre l’idée du spectateur dans l’esprit du tueur à l’instar du malaise profond créée chez Lustig, Khalfoun opte pour la caméra subjective. Le spectateur sera les yeux du psychopathe. Il pensait sûrement par là retrouver cette étrange sensation de syncope par l’outil visuel. Mais trop de distance avec le personnage que la caméra ne semble ni supporter, ni épauler, vient ternir l’idée. D’autant que le principe de caméra subjective ne sera pas tenu comme promis. Là encore, une autre idée jaillit. Celle de faire sortir le spectateur de cette intimité lorsqu’on découvre le visage si angélique de Frank et la personnalité finalement attachante de son égo sanguinaire et vengeur. Le tueur sort de sa carapace destructrice quand le spectateur sort tout bonnement du film et voit son mal de crâne dû à une caméra instable, s’apaiser. Un défaut qui vient en rejoindre un autre, comme un infernal cercle vicieux. Le scénario souffre d’un vide maladif, à la hauteur de son personnage rendu inintéressant par la prestation plate d’un Elijah Wood qui est loin de retrouver, par exemple, la viscéralité d’Hooligans. Résultat, Maniac verse, dans son action comme dans sa sombre photographie, dans un déferlement d’hémoglobine et de gore gratuit qui laisse aussi perplexe qu’indifférent. Car l’intensité du Maniac originel a bien disparu, j’en veux pour preuve la scène du métro, traumatisante dans la première version, devenue faussement haletante chez Aja avec un finish trash qui montre l’incapacité à créer une véritable horreur qui vous prendre aux tripes.

 

L’avis : Remake du cultissime Maniac de William Lustig, la version 2012 concoctée par le trio Khalfoun/Levasseur/Aja est loin d’être à la hauteur de son sujet. Ils s’embourbent dans une platitude risible qui plonge le spectateur dans un état migraineux qui n’a rien à voir avec l’oppression voulue et l’intensité pilotée de main de maître par un psychopathe marquant. Bien que seigneur des scalps, Elijah Wood est absent, plus spectateur de son personnage que son machiavélique interprète. La boucle est bouclée.