Critiques de films, Drame, Thriller

Critique : Margin Call, de J.C. Chandor

Dans un monde plongé en pleine crise, Margin Call vient donner un nouveau coup de pied dans la fourmilière et propose une fiction réaliste sur l’univers impitoyable de Wall Street. Tellement efficace que certains ont osé le terme de « référence » pour qualifier ce thriller financier.

 

Affiche du film Margin Call, de J.C. Chandor
Affiche du film Margin Call, de J.C. Chandor

 

 

Pour survivre à Wall Street, sois le premier, le meilleur ou triche. La dernière nuit d’une équipe de traders, avant le crash. Pour sauver leur peau, un seul moyen : ruiner les autres…

 

 

Expliquer la crise financière aux néophytes (dont je fais allégrement partie, n’en doutez pas) est un crédo récurrent pour tous documentaires ou fictions sortis ces cinq dernières années. Si Wall Street (le film d’Oliver Stone) avait frappé fort à la fin des années 80, on cherche encore la référence des années 2000, tant cette crise financière mondiale suscite tous les fantasmes médiatiques et les questionnements. On a souvent évoqué les documentaires (Capitalism : A Love Story ou encore Cleveland contre Wall Street) comme meilleure synthèse du problème, ce que le récent et récompensé Inside Job a confirmé de la meilleure des manières. Alors forcément, lorsqu’une fiction se frotte d’une manière un peu plus virile à l’univers de Wall Street, notre œil est irrémédiablement attiré. Il y a de quoi, entre le casting cinq étoiles (Zachary Quinto, Kevin Spacey, Jeremy Irons, Demi Moore, Stanley Tucci…) et un pitch plutôt charmant, posé sur une unité de temps et de lieu, façon théâtre classique. Alors que vaut Margin Call, sachant que notre dernier souvenir d’une fiction sur Wall Street n’était autre que la suite du film culte d’Oliver Stone ? Forcément que du bien. Ou presque.

 

Extrait du film Margin Call (2012)
Extrait du film Margin Call (2012)

 

 

Car oui, Margin Call n’est pas ce chef-d’œuvre. Certes, l’aspect thriller est efficace, et cela grâce à une écriture rigoureuse et une mise en scène intelligente, mais cela ne fait pas tout. Margin Call, c’est pendant une bonne première demi-heure, une sorte de dictionnaire de la crise financière actuelle pour les Nuls. On utilise des termes qui, même expliqués par les spécialistes, n’apparaissent pas plus évidents. Au-delà du côté connaisseur et renseigné du film, le penchant analytique de Margin Call commence sur les pires bases ! Ajoutez à cela des petits « fuck me, fuck you » de circonstances et l’air pédant de Paul Bettany (tête à claque qui ne livre jamais rien de convaincant sur grand écran) et des paupières qui commenceraient presque à devenir lourdes. Mais, il y a un mais. Margin Call est loin d’être dénué d’idées, notamment pour la mise en scène. On savoure les quelques beaux plans distillés à la cuillère d’argent par J.C. Chandor dont c’est le premier long métrage. A l’image de son générique final très évocateur, il réussi à donner à son sujet une enveloppe charnelle plus que captivante. L’écriture du scénario devient au fil des minutes de plus en plus rigoureuse, presque concernée. On ressent cette sensation à la fois jubilatoire et répulsive lorsque les tractations de coulisses se font lors d’une nuit anodine. Puis, il y a cette manière de découper la hiérarchie. Le spectateur va fait la connaissance du jeune premier (Zachary Quinto), dirigé par un boss machouilleur (Paul Bettany), lui-même dirigé par un supérieur qui vient d’être licencié (Stanley Tucci) par son supérieur hiérarchique (Kevin Spacey) qui pense plus à sa chienne mourante – pour qui il lâche plus de 1000$ quotidiens pour la maintenir en vie ! – qui doit rendre des comptes à un autre supérieur, plus jeune que lui (Simon Baker) et enfin au boss des boss, pense-t-on, incarné par l’excellent Jeremy Irons. Ouf, on respire. Il faut attendre la première apparition de Jeremy Irons pour sentir ce souffle passionnant nous traverser la nuque. Irons, c’est une présence, une gueule et une vista impeccable qui fait de lui le leader naturel de ce film. En décryptant avec minutie le système financier et ses acteurs principaux, J.C. Chandor arrive à donner à son film un propos des plus intéressants. Captivant, touchant et même attachant, ce Margin Call finit par satisfaire, même s’il a foncièrement brassé du vent pendant plus d’une demi-heure avant de trouver un rythme de croisière plus que plaisant.

 

L’avis : Appliqué et concerné, J.C. Chandor livre un Margin Call tout aussi passionnant qu’irritant. Au départ inégal et pourtant captivant, ce long métrage réussit à convaincre grâce à ce soucis du détail, cette esthétique léchée et vicieuse qui traduit à la perfection l’esprit d’un monde à des années-lumières du nôtre, qui susciterait bien plus la répulsion que la compassion, voir de l’accointance.