Action, Critiques de films, Drame, Policier, Thriller

Critique : Mea Culpa, de Fred Cavayé

Ce troisième Cavayé, c’est un peu Marchal chez Besson, un polar maîtrisé et nerveux dans un alliage de clichés caricaturaux et un scénario griffonné sur un post-it.

 

Affiche du film Mea Culpa, de Fred Cavayé
Affiche du film Mea Culpa, de Fred Cavayé

 

 

Flics sur Toulon, Simon et Franck fêtent la fin d’une mission. De retour vers chez eux, ils percutent une voiture. Bilan : deux victimes dont un enfant. Franck est indemne. Simon, qui était au volant et alcoolisé, sort grièvement blessé. Il va tout perdre. Sa vie de famille. Son job de flic. Six ans plus tard, divorcé de sa femme Alice, Simon est devenu convoyeur de fonds et peine à tenir son rôle de père auprès de son fils Théo qui a désormais 9 ans. Franck, toujours flic, veille à distance sur lui. Lors d’une corrida, le petit Théo va être malgré lui le témoin d’un règlement de compte mafieux. Très vite, il fera l’objet de menaces. Simon va tout faire pour protéger son fils et retrouver ses poursuivants. Le duo avec Franck va au même moment se recomposer. Mais ce sera aussi pour eux l’occasion de revenir sur les zones d’ombre de leur passé commun.

 

 

Avec Mea Culpa, son troisième long métrage, Fred Cavayé a l’audace, pense-t-on l’intelligence, de réunir les deux acteurs de ses deux précédents polars/thrillers, Vincent Lindon (Pour elle) et Gilles Lellouche (A bout portant). Fatale erreur, puisqu’au bout du compte, le spectateur s’assure que le charisme de Lellouche flirte avec celui d’une huître, alors que Vincent Lindon joue dans la cour du caviar du luxe, avec une prestation tout en retenue, juste (comme à son habitude) et si séduisante.

 

Extrait du film Mea Culpa (2014)
Extrait du film Mea Culpa (2014)

 

Physique, viscéral, Mea Culpa ne lésine sur aucun outil permettant de montrer que loin d’Hollywood, dans les films de Cavayé, on ne fait pas semblant. Vincent Lindon et Gilles Lellouche sont constamment sollicités, et se donnent à fond face caméra pour un rendu haletant. Trois longues scènes d’action résument à elles seules ce que Fred Cavayé est capable de faire avec une caméra à la main, usant d’un montage nerveux, d’une fluidité dans l’image, et de cadres relevant de la pure logique. Plastiquement, Mea Culpa est assurément un modèle du genre, un savoir-faire que Fred Cavayé (probablement le meilleur dans ce genre) cultive à chaque long métrage.

 

Extrait du film Mea Culpa (2014)
Extrait du film Mea Culpa (2014)

 

Reste que Mea Culpa souffre de son scénario, bien trop simplet et faussement alambiqué. Les personnages secondaires, des terribles mafieux de l’est au boss de la police incarné par Gilles Cohen détestable, sont dans la totale caricature, et la psychologie des deux personnages centraux, entre quête de rédemption, reconquête sentimentale et protectionnisme exacerbé, rend difficilement l’empathie du spectateur possible. Franck cache un jeu, Simon la vérité, quand bien même ce dernier personnage qu’incarne Vincent Lindon aurait un peu plus de matière, lui qui a tout perdu avec cet accident que Cavayé filme d’une main de maître de tous les angles possibles. En somme, bien trop de clichés caricaturaux et de ficelles évidentes viennent vider d’intérêt un arc narratif prévisible comme ceux d’Olivier Marchal le sont aujourd’hui, si tant est que le genre polar n’en tire pas ses plus beaux navets. Reste une plastique incroyable et un rythme musclé porté un tandem d’acteurs dont la complicité à la fois brutale et parfois touchante arrive à séduire au bout du compte.