Critiques de films

Critique : Mon pire cauchemar, d’Anne Fontaine

Après La Fille de Monaco ou Coco avant Chanel, Anne Fontaine renoue avec la comédie en signant Mon pire cauchemar, un film sympathique, un brin social et tout en décalage.

 

Affiche du film Mon pire cauchemar, d'Anne Fontaine
Affiche du film Mon pire cauchemar, d'Anne Fontaine

 

Elle habite avec son fils et son mari en face du Luxembourg… Il habite seul avec son fils à l’arrière d’une camionnette. Elle dirige une prestigieuse fondation d’art contemporain… Il vit de petits boulots et d’allocations. Elle a bac + 7… Il a failli faire 7 ans de prison. Elle tutoie le ministre de la culture… Il tutoie toutes les bouteilles d’alcool qu’il rencontre. Elle aime le débat d’idées… Il aime le sexe avec des inconnues à forte poitrine. Ils ne se ressemblent pas du tout… et se supportent encore moins.
D’ailleurs, ils n’auraient jamais dû se rencontrer. Mais leurs enfants, eux, sont inséparables… Ils finiront par comprendre pourquoi…

 

Mon pire cauchemar peut aisément être taxé de film classique, tant son sujet s’y prête. Son côté social surtout, avec l’habituelle volonté de comparer et de mettre face à face deux modes de vie bien différents, avec tout ce que cela implique. De cette lutte des classes, le film draine pas mal de clichés, du snobisme bourgeois cultivé incarné par Isabelle Huppert, à la grossièreté familière et l’inculture de l’homme pauvre, dans la peau ici de Benoît Poelvoorde. Pas forcément attrayant sur le papier, mais le rendu à l’écran n’est pas si déplaisant à regarder. Son sujet est autrement plus grave. Un père à la dérive, beauf sympathique et attachant, qui éduque tant bien que mal son fils (en non-dit, une sorte d’erreur de la nature), un gamin très intelligent et posé. Sauf que l’homme vit toujours d’une manière borderline face à la justice et notamment les services sociaux. Anne Fontaine pose ainsi la question : qu’est-ce qui le mieux aujourd’hui pour un enfant comme Tony ? L’action du film tend à y répondre, même si elle finit par tourner en rond et s’en sort par une pirouette attendu depuis trop longtemps, et donc forcément prévisible. A noter également le plaisant discours sur la littérature aujourd’hui et notamment les fameuses récompenses (en référence au dernier Goncourt).

 

Extrait du film Mon pire cauchemar (2011)
Extrait du film Mon pire cauchemar (2011)

Habitué des rôles de clowns qui lui sied à merveille, Benoît Poelvoorde excelle dans ce rôle de père irresponsable. Jamais réellement maladroit, il donne plusieurs facettes à son personnage. Un moment drôle, un moment triste, il est un homme sur lequel on se repose sans hésitation, suscitant facilement l’attachement. Le succès populaire de Poelvoorde facilite probablement les choses. Alors il n’est pas aussi excellent que dans Les Émotifs Anonymes, mais face à la belle Isabelle Huppert, il donne du caractère à un personnage qu’un autre acteur aurait sûrement fait plonger dans les méandres de la médiocrité. En revanche, son homologue masculin André Dussolier et son beau phrasé, est absolument mauvais, plat dans son interprétation, mou et manquant cruellement d’intérêt. Enfin il nous reste Virginie Efira, plastiquement toujours attirante, mais qui n’embellit plus que le film comme dans L’amour c’est mieux à deux ou La Chance de ma vie.

L’avis : Aux apparences sympathiques, la nouvelle comédie d’Anne Fontaine ne passionne pas plus malgré ses sujets intéressants. Pire, cela fleure les bons sentiments un peu pathos. Toujours est-il que le film prête à sourire assez souvent, notamment grâce au talent clownesque de Poelvoorde, et suscite aisément l’attachement du public.