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Critique : Mud – Sur les rives du Mississippi, de Jeff Nichols

Deux ans après la bombe Take Shelter, Jeff Nichols nous revient avec un conte bouleversant. Un bijou qui confirme bien plus qu’un prodige.

Affiche du film Mud - Sur les rives du Mississippi, de Jeff Nichols
Affiche de Mud – Sur les rives du Mississippi de Jeff Nichols (2013)

Ellis et Neckbone, 14 ans, découvrent lors d’une de leurs escapades quotidiennes, un homme réfugié sur une île au milieu du Mississipi. C’est Mud : un serpent tatoué sur le bras, un flingue et une chemise porte-bonheur. Mud, c’est aussi un homme qui croit en l’amour, une croyance à laquelle Ellis a désespérément besoin de se raccrocher pour tenter d’oublier les tensions quotidiennes entre ses parents. Très vite, Mud met les deux adolescents à contribution pour réparer un bateau qui lui permettra de quitter l’île. Difficile cependant pour les garçons de déceler le vrai du faux dans les paroles de Mud. A-t-il vraiment tué un homme, est-il poursuivi par la justice, par des chasseurs de primes ? Et qui est donc cette fille mystérieuse qui vient de débarquer dans leur petite ville de l’Arkansas ?

Après le western Shotgun Stories et le thriller psychologique Take Shelter, voilà que le petit génie de 34 ans qu’est Jeff Nichols signe son troisième long-métrage, un conte moderne. Et comme le jeune réalisateur américain n’est attaché à aucun genre, pourvu que le scénario raconte quelque chose qui lui parle, Mud est un nouvel objet à part. Non seulement c’est un grand film aux émotions diverses, mais c’est également la confirmation que le prodige n’en est plus à son coup d’essai et qu’il rentre dans la cour des grands.

Jamais de surenchère dans ce cinéma qui dresse le portrait de marginaux dans un questionnement sur leurs sentiments, leurs approches de la vie et l’idéal romanesque de la protection d’un être aimé. Si par exemple Take Shelter et Mud n’ont à priori rien en commun, les fils conducteurs sont similaires. Plus que jamais avec ce dernier long-métrage, Jeff Nichols sublime les illusions de la vie, nous parle d’humanité, d’amour et le tout sans aucun manichéisme.

Extrait du film Mud - Sur les rives du Mississippi (2013)
Extrait de  Mud – Sur les rives du Mississippi (2013)

Le brio de Jeff Nichols dans cette œuvre à laquelle on adjoindra probablement le petit mot chef devant, c’est de ne jamais délaisser ses personnages. Il les décrypte tout en laissant une part importante au mystère. Que ce soit ce Mud tour à tour inquiétant, paternel, amoureux, vengeur, inconscient et peut-être même menteur, magistralement interprété par Matthew McConaughey. Que ce soit Ellis, un jeune adolescent dont les parents se déchirent qui, pense-t-on, trouve dans Mud un alter-ego qui pourrait être une référence, un père qu’il n’a pas eu, un ange gardien, un ami ou un frère (on rejoint Shotgun Stories). Lorsqu’il découvre Mud et ses secrets que tout un chacun a envie de percer tant il aimante, il s’attache et se lance dans cette aventure qui sera aussi celle de toute une adolescence, comme si Ellis (superbement interprété par Tye Sheridan, vu dans The Tree of Life), tout droit sorti d’un roman de Mark Twain, ressentait déjà cette nécessité de se donner une raison d’exister. Mais le héros restera trouble et troublé.

Extrait du film Mud - Sur les rives du Mississippi (2013)
Extrait de Mud – Sur les rives du Mississippi (2013)

Mud – Sur les rives du Mississippi apparaît tellement facile qu’on se sent désarçonner. Dans ce conte, il n’y a plus la complexité fantastique de Take Shelter, il n’y a « qu’une » intrigue à hauteur d’hommes, portée par des personnages qui apparaissent comme prisonnier de leur destin, mais également de leur habitat. On regrettera que Jeff Nichols fasse le choix d’une ultime séquence qui justement, empêche le spectateur de naviguer sur cette douce sensation de mystère, d’incertitudes et de rêves éveillés. Un bien mince reproche au regard de ce conte fabuleusement bien narré, filmé au plus près des corps, capté dans la chaleur des sentiments et des rancoeurs, dans la dureté d’un cadre géographique où le mal est finalement partout. J’avais déjà placé Take Shelter parmi les meilleurs films de 2012 (il était sorti en janvier chez nous), nul doute que Mud devrait connaître le même sort.