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Critique : Né quelque part, de Mohamed Hamidi

Pour un premier long-métrage, Mohamed Hamidi s’inspire de son histoire pour signer une comédie dramatique légère et emplie de justesse.

 

Affiche du film Né quelque part
Affiche du film Né quelque part

 

Farid, jeune Français de 26 ans, doit aller en Algérie pour sauver la maison de son père. Découvrant ce pays où il n’a jamais mis les pieds, il tombe sous le charme d’une galerie de personnages étonnants dont l’humour et la simplicité vont profondément le toucher. Parmi eux, son cousin, un jeune homme vif et débrouillard qui nourrit le rêve de pouvoir rejoindre la France…

 

 

Maxime Le Forestier l’écrivait en texte pour l’immortaliser en musique, Mohamed Hamidi au cinéma. « Etre né quelque part, c’est toujours un hasard/Laissez-moi ce repère ou je perds la mémoire », disait le chanteur parisien en 1988. A l’époque, Mohamed Hamidi, tout comme son acolyte acteur et coproducteur Jamel Debbouze, était tout jeune. Pas encore conscient de ce que « Etre né quelque part » voulait dire. Une vingtaine d’années plus tard, hanté par ce souvenir de jeunesse qui le voyait tel un pèlerinage obligé sur les terres d’origines de ses parents émigrés, Mohamed Hamidi se raconte comme il raconte également l’histoire de milliers d’autres enfants d’émigrés. Avec Né quelque part, ce professeur agrégé d’économie et fondateur du fameux Bondy Blog se découvre un talent de cinéaste, mais surtout signe un film tendre et engagé à la fois, hommagieux sans nul doute, mais aussi nécessaire pour cette simple idée d’identification et du partage qu’il met en scène.

 

Extrait du film Né quelque part (2013)
Extrait du film Né quelque part (2013)

 

Véritable quête initiatique illustrée sous la forme d’une comédie dramatique, Né quelque part joue avec les poncifs pour mieux s’en éloigner. Et c’est justement là où on pouvait imaginer bon nombre de défauts, que le film surprend. Son image de l’immigration, complètement à contre-pied, ce portrait ambigu et en même temps teinté de réalisme d’une Algérie à la richesse infinie mais encore bloquée par un conservatisme vieillissant, sans oublier l’image de la femme, l’ode à la famille et la justesse d’acteurs véritablement touchants. Bien sûr, Né quelque part est imparfait, il n’exploite pas toutes ses idées en l’espace de 90 minutes, pas plus qu’il ne s’impose comme un film tranchant. Mais son point de vue séduit, amuse et même bouleverse. Dans ce processus lent mais assuré, Mohamed Hamidi nous fait voyager et montre que son histoire n’est sûrement à accoler aux enfants d’immigrés, dont certains bafouent l’héritage de leurs pairs. Il filme une histoire universelle, sans les grandes mièvreries et tirades attendues, et finit par nous toucher. Cinéaste appliqué, Hamidi s’impose dans la direction d’acteurs, laissant évoluer un Jamel Debbouze enthousiaste et sublime la révélation Tewfik Jallab, dont le personnage est également un parfait contre-pied à cet imaginaire puant qui voudrait cloisonner l’immigration et ses « problèmes » à une banlieue stigmatisée. Un beau pied-de-nez qu’il faut désormais saluer dans les salles obscures !