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Critique : No Pain No Gain de Michael Bay

Quand la destruction du rêve américain par Michael Bay s’effectue par l’apologie outrancière de ce dernier. 

Affiche du film No Pain No Gain, de Michael Bay
Affiche No Pain, No Gain de Michael Bay (2013)

À Miami, Daniel Lugo, coach sportif, ferait n’importe quoi pour vivre le « rêve américain » et profiter, comme sa clientèle fortunée, de ce que la vie offre de meilleur : maisons de luxe, voitures de course et filles de rêve… Pour se donner toutes les chances d’y arriver, il dresse un plan simple et (presque) parfait : enlever un de ses plus riches clients et… lui voler sa vie. Il embarque avec lui deux complices, Paul Doyle et Adrian Doorbal, aussi influençables qu’ambitieux.

Saoulé (et saoulant) par les productions à gros budgets bardées d’effets spéciaux nécessitant des chèques qui permettraient de financer plusieurs films indépendants tout aussi intéressants, Michael Bay s’est offert un beau challenge avec No Pain No Gain. Avec en poche un budget avoisinant les 20 millions de dollars, le cinéaste américain dépêche Mark Wahlberg, Dwayne Johnson et Anthony Mackie pour former son trio vedette, trois bodybuilders qui tentent à leur manière de provoquer l’idéal du rêve américain tel qu’ils le façonnent. Sans révolutionner son cinéma, loin de là, mais en revenant aux basics qui avaient tant charmé dans Bad Boys en renouant avec le film d’action dans ses codes fondamentaux, tout en s’amusant avec la notion de buddy movie qui s’exerce ici au sein d’un trio pour le moins délirant. Avec No Pain No Gain, Michael Bay a-t-il signé, après une carrière si riche en explosions et débauches d’effets visuels, son film le plus personnel, intimiste et réussi ?

Extrait du film No Pain No Gain (2013)
Extrait de No Pain, No Gain de Michael Bay (2013)

Si No Pain No Gain est un long métrage globalement réussi et très divertissant, il n’est en rien une révolution dans le cinéma de Michael Bay, si ce n’est dans l’assurance de savoir qu’aujourd’hui, Bay peut réaliser un film pour un budget minimum. En effet, No Pain No Gain est un condensé des thèmes chers au cinéaste, dans un croisement des genres sommaire et pour le moins subtil. S’amusant des clichés exacerbés du rêve américain que Michael Bay tente de raconter de milles et une façon dans son cinéma, il s’imprègne d’une histoire vraie et incroyable, pour se moquer d’une manière ludique en jouant le type faussement pédago. Si on en croit No Pain No Gain (qui est une devise reine dans l’univers de la musculation et de ses adeptes les plus férus), l’histoire qui tapisse le film est un archétype du rêve américain dans toute sa quintessence, ses propos les plus putassiers (que Bay a contribué à populariser dans sa filmographie) jusqu’aux critiques jouissives. Dans un style outrancier, souvent irrévérencieux, Michael Bay dézingue ses propres fondations, tombe le masque, et révèle ce qu’on peut qualifier de démarche auteuriste, dans un divertissement qui malgré ses longueurs, respecte son principal commandement.

no pain no gain

Difficile de rester de marbre devant No Pain No Gain, qui derrière les artifices Bay-esques, est une belle œuvre intelligente, rythmée, presque touchante. Dernier tour de force, derrière son budget minimaliste, Michael Bay a tout de même réussi le pari de faire de No Pain No Gain un film grandiloquent, où malgré son unique explosion, Bay explore l’imagerie et la pop culture qui a forgé sa propre mythologie.