Critiques de films, Drame, Romance

Critique : Nymphomaniac – Volume 2, de Lars von Trier

Lars von Trier poursuit son immersion dans la nymphomanie avec une seconde partie plus sombre, masochiste, mais aussi plus drôle.

La folle et poétique histoire du parcours érotique d’une femme, de sa naissance jusqu’à l’âge de 50 ans, racontée par le personnage principal, Joe, qui s’est autodiagnostiquée nymphomane. Par une froide soirée d’hiver, le vieux et charmant célibataire Seligman découvre Joe dans une ruelle, rouée de coups. Après l’avoir ramenée chez lui, il soigne ses blessures et l’interroge sur sa vie. Seligman écoute intensément Joe lui raconter en huit chapitres successifs le récit de sa vie aux multiples ramifications et facettes, riche en associations et en incidents de parcours.

Et si on résumait Nymphomaniac et ses deux parties à ses choix musicaux ? Notamment le morceau d’ouverture (Rammstein avec Führe Mich) de la première partie et le générique de fin en seconde partie qui introduit Charlotte Gainsbourg reprenant avec une sensualité exacerbée le fabuleux Hey Joe. Le choc des sensations, le premier transpirant la dureté industrielle, la violence d’une guitare saturée, le second rappelant la grâce absolument extra dans le film (Charlotte Gainsbourg, en muse et pinceau de LvT, la réussite la plus totale de ce dernier) d’une actrice passant au micro. Pourtant, Nymphomaniac Vol. 1 est doux, la sexualité fantasmée, caricaturée, sublimée, alors que le Vol. 2 introduisant une Joe mature, fait appel à la violence, le sadomasochisme, la punition physique et mentale, la répulsion.

 

Extrait du film Nymphomaniac - Volume 2, de Lars von Trier (2014)
Extrait du film Nymphomaniac – Volume 2, de Lars von Trier (2014)

D’une seconde partie bien plus sombre, Lars von Trier continue d’explorer la sexualité de son personnage. Si le sulfureux cinéaste danois arrive à rendre son personnage captivant (probablement en tirant de très belles prestations de Martin et Gainsbourg à travers les âges), son propos n’arrive pas à se placer. Il est constamment dans l’opposition, notamment à travers les échanges du désintéressé Seligman (qui fait étalage de sa culture et ose des comparaisons et métaphores de moins en moins pertinentes) et la narratrice Joe. Bien ou mal, déviant ou non, réprimandable ou pas, Lars von Trier questionne son spectateur pour le tenir captivé par une histoire chapitrée qui peut en effet désarçonner (notamment le dernier chapitre entre Charlotte Gainsbourg et Mia Goth), mais n’impose guère sa morale, si ce n’est pas dans deux scènes finales assez scabreuses et à la réflexion, inutiles.

Extrait du film Nymphomaniac - Volume 2, de Lars von Trier (2014)
Extrait du film Nymphomaniac – Volume 2, de Lars von Trier (2014)

Restent la beauté de l’image, les inspirations de cinéma de von Trier, et les performances qu’il en tire. Quand le Vol. 1 jouait avec la poésie, la belle palabre et le cadre aimanté par les ébats charnels, le second prend un peu plus distance, instaurant froideur et gêne. Notamment lorsqu’il filme un Jamie Bell déroutant en maître SM d’une Joe qui cherche à la fois à se faire punir de ses actes, mais également à retrouver un plaisir perdu. La rédemption a ses limites, et Lars von Trier finit par banaliser le sexe sous toutes ses formes (bien son seul acte moralisateur). Fin plasticien, le réalisateur danois ne retrouve pas la force du conte noir (Antichrist) dans les plus sombres relents de ce Vol. 2, mais il sublime la texture, l’apparence. Utilisant Mozart ou Bach avec merveille, jouant des éclairages, Lars von Trier trouve son propre orgasme dans l’acte égocentrique de faire du cinéma. Qui peut lui en vouloir, surtout quand on sait aussi bien le faire. La forme reste une évidence, quand le fond, lui, reste, discutable. On appréciera la noirceur de ce Nymphomaniac (avec une certaine de découvrir le director’s cut pour moins découper le film et sa matière), comme on s’étonne d’apprécier l’humour, la drôlerie, la dérision très second degré de certaines séquences (le canard silencieux par exemple).

Extrait du film Nymphomaniac - Volume 2, de Lars von Trier (2014)
Extrait du film Nymphomaniac – Volume 2, de Lars von Trier (2014)