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Critique : Pacific Rim, de Guillermo Del Toro

Avec Pacific Rim, Guillermo Del Toro signe sur la forme, le blockbuster le plus impressionnant de ce début de siècle.

Surgies des flots, des hordes de créatures monstrueuses venues d’ailleurs, les «Kaiju», ont déclenché une guerre qui a fait des millions de victimes et épuisé les ressources naturelles de l’humanité pendant des années. Pour les combattre, une arme d’un genre nouveau a été mise au point : de gigantesques robots, les «Jaegers», contrôlés simultanément par deux pilotes qui communiquent par télépathie grâce à une passerelle neuronale baptisée le «courant». Mais même les Jaegers semblent impuissants face aux redoutables Kaiju.
Alors que la défaite paraît inéluctable, les forces armées qui protègent l’humanité n’ont d’autre choix que d’avoir recours à deux héros hors normes.

N’ayons pas peur des mots. A l’heure où geeks comme cinéphiles aguerris (l’un n’empêche pas l’autre) vont autant éveiller leur sens orgasmique que le dictionnaire à coups de superlatifs en tout genre, disons clairement ce que Pacific Rim est : Probablement le blockbuster de l’été, à n’en pas douter, mais surtout l’une des superproductions les plus ambitieuses du cinéma contemporain, et une réussite formelle assurément époustouflante. Une demi-surprise venant de Guillermo Del Toro, déjà roi du cinéma de genre auteuriste (Le Labyrinthe de Pan comme ses productions parallèles ont achevé de tailler sa réputation), et du bon divertissement bad-ass (Hellboy) sous forme de grosses productions. Avec Pacific Rim, le cinéaste mexicain avait la prétention d’en coller une aux traditionnels blockbusters avec un long-métrage unique en son genre. A l’instar d’Avatar, il y aura un après Pacific Rim.

Propulsant le spectateur dans un souvenir d’enfance fantasmé – nombreux sont ceux qui petits, jouaient à la bagarre entre dinosaures et robots – Pacific Rim est un blockbuster multi-genre. Conte enfantin remis à la sauce adulte, pamphlet politico-écologique, film de science-fiction mêlé au pur disaster movie, Pacific Rim navigue entre les étiquettes sans jamais ne s’accrocher pleinement à une. Là où l’argument peut servir de reproche, il n’en est rien pour Pacific Rim, qui en fait même sa force. Références inspirées et appuyées, actioner, romance, drame personnel, catastrophe, SF, films de monstres… En ne s’attachant pas à un genre, le film a toutes les chances de plaire à un public plus large. Des geeks applaudissant à tout rompre le caméo bad-ass de Ron Perlman aux fins adorateurs du film catastrophe, il y en aura pour tous les goûts. Naturellement, Del Toro n’évitera pas les poncifs, de la romance surannée à la prévisibilité d’un scénario qui n’est pas sans failles, en passant par des acteurs bien limités dans leur jeu. Charlie Hunnam (sorte de Brad Pitt britannique) en beau gosse bien membré, Idris Elba en Marshall imposant de charisme (et bientôt dressé en demi-dieu par les geeks, ça fait mal) ou encore la magnétique Rinko Kikuchi qui minaude presque naturellement, on préfère retenir autre chose.

La véritable force de Pacific Rim, pour ne pas dire gifle sur gifle, c’est la forme. Le film possède ce qu’il y a de plus impressionnant en matière d’action, d’effets visuels, de grandeur physique, d’animation et de surcroît, de spectacle. Jusqu’ici, Roland Emmerich et Michael Bay se tirait la bourre pour savoir lequel briserait le plus de voitures et détruirait le plus de symboles américains. Avec Guillermo Del Toro, les motivations sont bien différentes, et le réalisateur de Cronos et Blade renvoie les deux lurons jouer aux petites voitures dans une cour d’école. Rien d’insultant là-dedans, mais une réalité : ce que Pacific Rim propose en terme de spectacle remplit clairement le cahier des charges du blockbuster traditionnel, et place la barre encore un peu plus haute. Les scènes de combats entre kaiju (la référence au cinéma nippon à base de monstres géants tels que Godzilla) et jaegers sont des plus étourdissantes. Se déroulant dans des espaces différents (port, centre-ville, sous-marin), elles ne sont des démonstrations de force à nulles autres pareilles. Dès la scène d’introduction, tonitruante, Del Toro et ses petites mains d’ILM ((Industrial Light & Magic) ont donné le ton. Les pics de chaleur se feront sentir tout au long de ces 2h10 de spectacle de haute volée. On ne peut bouder notre plaisir. Les moyens ont été mis (180 millions de dollars environ pour la seule production) pour un résultat bien au-delà des espérances. A tel point que ce film pourrait s’imposer comme une bible aux futurs superviseurs et créateurs d’effets spéciaux de demain…

Fantasme d’un gamin de 8 ans, Pacific Rim est ce que le cinéma de grande envergure n’avait jusqu’ici jamais réussi à proposer. Préférant la lisibilité d’un scénario parfois simpliste, Pacific Rim ne fonctionne pas sur la complexité d’un récit avec des questionnements sous-jacents, mais avant tout sur la notion de spectacle, et la cohérence que l’on peut y trouver. Puissant, monumental, généreux, extraordinaire, Pacific Rim peut empiler à juste titre les superlatifs.