Critiques de films, Drame, Romance, Thriller

Critique : Passion, de Brian de Palma

Grand maître du thriller, Brian de Palma revoit et corrige le regretté Alain Corneau dans Passion. Le cinéaste français doit se retourner dans sa tombe.

 

Affiche du film Passion, de Brian de Palma
Affiche du film Passion, de Brian de Palma

 

Deux femmes se livrent à un jeu de manipulation pervers au sein d’une multinationale. Isabelle est fascinée par sa supérieure, Christine. Cette dernière profite de son ascendant sur Isabelle pour l’entraîner dans un jeu de séduction et de manipulation, de domination et de servitude.

 

 

Quand le réalisateur d’Obsession croise ses films Body Double, L’Esprit de Caïn et Femme Fatale, cela donne Passion. Un remake à première vue ultra maîtrisé par l’un des derniers maîtres vivants du thriller glacial. Alléchant n’est-ce pas ? … Si seulement Brian de Palma n’était pas tombé dans le piège de la relecture personnalisée et plate de sens sous le prisme de sa caméra magistrale capable de sublimer un jeu de regards au milieu d’un jeu machiavélique sous forme de poupées russes. Cinq ans après Redacted, le retour de Brian de Palma fait saliver alors que les prétendants se bousculent au portillon sans se démarquer les uns des autres.

 

Extrait du film Passion (2013)
Extrait du film Passion (2013)

 

Faussement sauvage et érotisé (ça va un french kiss, un porte-jarretelles et un gode, pas de quoi crier à la symbolique phallique), Passion postule, non sans prétention, à revoir et corriger le dernier film d’Alain Corneau, Crime d’amour. A l’inverse de son homologue porté par deux acteurs synergiques, Passion accuse le poids de deux actrices qui n’ont rien à faire ensemble et nous le fond bien comprendre en récitant platement leurs dialogues et surjouant constamment. Rachel McAdams et Noomi Rapace, pourtant pas les plus néophytes en la matière, seraient bien à l’image d’un esthétisme qui se complaît à filmer les obliques, les symétries au point de rendre la chose étouffante. Paradoxalement, Brian de Palma arrive à recréer une ambiance, notamment dans un final terriblement hitchcockien qui rencontra un beau jour le musée de Brian de Palma, le tout éclairé par le chef-op de Pedro Almodovar. Si bien que le spectateur se retrouve enfermé dans cette ambiance froide et plastique, comme Isabelle dans un bureau mollement éclairé derrière des stores (le réalisme made in De Palma). Passion n’est pas le mot que j’ai ressenti au regard de ce film qui m’a conforté dans l’envie d’aller me lover sur un canapé à regarder le film d’Alain Corneau, qui lui, derrière sa sensation de quotidien classique, donnait vraiment dans le thriller empreint de réalisme et de désir.