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Critique: Piégée (Haywire) de Steven Soderbergh

Malgré une bande annonce efficace, un scénario plein de promesses et un casting de luxe, Piégée se révèle être un flop gentillet qui déçoit par ses (nombreuses) faiblesses.

Agent d’élite pour une compagnie privée, Mallory Kane, reconnue par ses pairs, est une véritable « bad ass » (dure à cuire). Après avoir réussi à libérer un journaliste chinois retenu en otage à Barcelone, elle découvre qu’il a été assassiné, et que tous les indices l’accusent. Elle est désormais la cible de tueurs qui semblent en savoir trop sur elle. Au fur et à mesure de sa traque, elle retrace la piste des personnes qui l’ont trahie.

Ce film pourrait s’apparenter à une escroquerie. Aucun élément, aucun détail, aucune scène, ne pourrait laisser deviner au spectateur la réelle identité du réalisateur. On ne reconnaît pas le talent et la « patte » du plus jeune palmé d’or à Cannes avec « Sexe, mensonges et vidéo ». C’est un film insipide, que l’on oublie dès la sortie de la séance pour le retrouver, des années plus tard, un soir d’été sur une chaine de la TNT au hasard du zapping quotidien.

La principale faiblesse de ce film est son manque cruel de crédibilité. Que ce soit dans le jeu des acteurs ou dans la façon de filmer de Soderbergh : personne n’y croit. Gina Carano, qui livre une performance plus qu’honorable, tracte le film à elle toute seule, on comprend qu’elle soit épuisée.

Extrait du film "Piégée" de Steven Soderbergh
Extrait du film « Piégée » de Steven Soderbergh

Le reste du casting fait office de packaging hollywoodien, qui cache un film vide, dénué d’intérêt, à mi-chemin entre un mauvais remake de Mr & Mrs Smith, la saga Ocean’s et une série B. Soderbergh a dû se dire que choisir tous ces mastodontes (Michael Douglas, Antonio Banderas, Bill Paxton…) serait un artifice suffisant pour détourner le spectateur de l’ennui (qui le guette à chaque scène) et masquer la sous-exploitation du scénario. Les scènes trainent en longueur, le prologue dure une éternité, et lorsque l’on arrive au cœur de l’action, au présent de l’histoire, on subit une succession de plans clichés, calibrés et estampillés « Action Movie/Blockbuster/Money Maker », destinés à satisfaire les attentes spectateur lambda, amateur du genre : course de voitures, cache-cache, courses poursuites, plan sur la belle-et-sexy-espionne-ceinture-noire-d’arts-martiaux qui brise des nuques avec la plus grande dextérité…

Extrait du film "Piégée" de Steven Soderbergh
Extrait du film « Piégée » de Steven Soderbergh

Ce qui frappe, c’est la paresse du réalisateur qui ne se donne pas la peine de développer le concept du film d’action, alors qu’il a largement assez de matière (et de talent) pour innover et surprendre. On se demande pourquoi Ewan McGregor figure dans le casting: aucune agressivité n’émane de lui. Kassovitz fait de la figuration inutile, il n’apporte rien au film, comme le reste des acteurs, qui offrent une performance médiocre, relevant du strict minimum. Les scènes de combat, qui font tout l’intérêt de ce genre de film, sont bien réalisées mais laissent transparaître le manque d’implication des acteurs. Fassbender est presque passif, McGregor est mollasson… Channing Tatum (GI-Joe wannabe) est le seul qui ait un semblant de crédibilité.

Une escroquerie moyennement divertissante qui ne marquera sûrement pas les esprits et encore moins la filmographie de Soderbergh (du moins, osons l’espérer).