Critiques de films

Critique : Polisse, de Maïwenn

Pour son troisième film, Polisse, Maïwenn  nous plonge dans le quotidien d’une brigade de protection des mineurs pour livrer une peinture édifiante sur la société et les gens qui la composent.

 

Affiche du film Polisse de Maïwenn
Affiche du film Polisse de Maïwenn

 

Le quotidien des policiers de la BPM (Brigade de Protection des Mineurs), ce sont les gardes à vue de pédophiles, les arrestations de pickpockets mineurs mais aussi la pause déjeuner où l’on se raconte ses problèmes de couple ; ce sont les auditions de parents maltraitants, les dépositions des enfants, les dérives de la sexualité chez les adolescents, mais aussi la solidarité entre collègues et les fous rires incontrôlables dans les moments les plus impensables ; c’est savoir que le pire existe, et tenter de faire avec… Comment ces policiers parviennent-ils à trouver l’équilibre entre leurs vies privées et la réalité à laquelle ils sont confrontés, tous les jours ?

 

Comme point de départ, il y avait donc un documentaire sur la Brigade des Mineurs (BPM). Maîwenn s’empare de ce sujet difficile pour écrire un script, aidée par Emmanuelle Bercot qui intègre également le casting du futur Polisse. Dans une brigade composée par 10 protagonistes tous différents les uns des autres,  elle filme le quotidien de la BPM, le malheur qu’ils écoutent sous toutes ses formes. Forte d’une documentation précise, entre formations pour les acteurs, stage d’un mois pour elle, Maïwenn s’empare de son sujet pour en faire un film social puissant. Polisse prend très largement des airs de documentaire, cette fois-ci sous l’angle du groupe. Un cinéma qui révèle encore un peu plus l’identité de Maïwenn. Elle avait déjà tourné caméra au point pour Pardonnez-moi en 2006, avant de mettre sur pied un faux-documentaire dans Le bal des actrices en 2009.

 

Extrait du film Polisse (2011)
Extrait du film Polisse (2011)

 

Polisse s’apparente à une sorte de patchwork. Une multitude d’histoires différentes, avec des protagonistes venus de tous les horizons pour n’oublier personne. Le tout bien collé, avec pour but de suivre le quotidien de la brigade. Les histoires en restent aux faits, la violence se cantonne aux mots. On en saura ensuite pas plus sur les issues de ces histoires, ni sur les personnages qui en sont les acteurs. L’action n’évite pas les clichés sur les générations actuelles, notamment les jeunes filles des cités, et ne soulève que trop rarement l’ambigüité « qu’est-ce que la pédophilie dans les actes, dans l’esprit ? ». Le reste est déjà connu, parce que déjà évoquant avec le réalisme du documentaire.

 

Tout cela n’est que prétexte pour raconter un quotidien, ou comment on passer d’un viol à une discussion sur la politique du gouvernement Sarkozy sur la sécurité et la police. La psychologie du viol, de la pédophilie, ou par extensions des mœurs pour mineurs, est une sorte de façade, un amoncellement de situations diverses (on comprend les difficultés au moment du montage, et les 150 de rushs). Maïwenn met en avant les différentes émotions des brigadiers, des larmes à la colère, sans oublier le fou rire qui arrive dans une situation impensable. Elle filme l’exutoire avec réalisme et pertinence, et recueille un spectateur touché par le propos du film et ce feu d’artifice d’émotions.

 

Extrait du film Polisse (2011)
Extrait du film Polisse (2011)

 

Si le portrait de cette « brigade des biberons », comme elle est surnommée dans le jargon professionnel, est aussi édifiant, c’est aussi grâce aux acteurs et à l’alchimie créée. Ces derniers réussissent à s’emparer des personnages écrits avec une précision d’orfèvre. Psychologiquement, ce sont des rôles difficiles à interpréter devant une caméra, et il ne fallait pas en faire plus, ne pas jouer la carte du paraître. On ressent particulièrement ce travail sur les personnages chez Karin Viard et Marina Foïs, dont les personnages sont centraux. On perçoit alors ce jeu tout en pulsions, énergique et parfois improvisé. Le script met en place un tableau des personnages, tous avec des traits différents (patchwork je vous dis), de l’intello de la brigade (Jérémie Elkaïm) à l’incarnation de la musulmane moderne (Naidra Ayadi). Le plus fort reste bien évidemment Fred (JoeyStarr), celui qui exprime le plus ses émotions, avec un rôle écrit pour le rappeur, engagé et prenant. Sans oublier de mentionner le travail sur les enfants, qui jouent ici des rôles difficiles et réussissent à se les approprier d’une manière étonnante, à l’image du petit Ousmane enlevé à sa mère sans-abris qui ne veut pas l’emmener dans cette galère.

 

L’avis : Polisse passe du rire aux larmes en quelques plans. Maïwenn met ses talents au service d’une brigade filmé dans son quotidien. Le malheur sous toutes ses formes prend différentes voies d’expression. Même si le fictionnel ne remplace pas la pertinence d’un format documentaire moins grand public et n’évite pas les écueils, le patchwork Polisse saisit par sa justesse, son ton et ses acteurs criants de vérités.  Le montage peut paraître fourre-tout, abrupt par moments, mais il en sort un film atypique, construit sur des oppositions qui donnent un ensemble radieux, positif, émouvant, et absolument agréable à regarder.

 

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