Critiques de films, Drame

Critique: Possessions, d’Eric Guirado

Pour son troisième long métrage, Eric Guirado s’inspire de la tragique affaire Flactif survenue en 2003, et raconte au travers de son objectif, la jalousie, la haine, la pauvreté et l’amertume. Autant de sentiments pour un film qui manque pourtant de force psychologique, à l’image d’acteurs complètement à côté de la plaque.

 

Affiche du film Possessions, d'Eric Guirado
Affiche du film Possessions, d'Eric Guirado

 

 

 

Marilyne et Bruno Caron arrivent dans un village de montagne pour emménager dans un chalet qu’ils ont loué à Patrick Castang, promoteur et propriétaire de nombreuses habitations dans la région. Contents de quitter le nord de la France pour démarrer une nouvelle vie, ils acceptent sans sourciller quand Castang leur annonce qu’il va les loger momentanément dans un autre chalet de grand standing car le leur n’est pas terminé. S’ensuivra alors une succession de déconvenues qui va les conduire à déménager de nombreuses fois, avec le sentiment grandissant d’être traités sans aucune considération, alors même que les Castang multiplient patiemment et avec bienveillance les efforts envers eux. Les relations entre les deux familles vont se tendre. Bruno et Marilyne Caron ne supportent plus d’avoir sous leurs yeux le bonheur et l’abondance de biens des Castang.

 

 

Une affiche biblique profondément kitsch, dotée d’un mariage de couleurs à en faire pâlir les meilleurs créateurs graphiques, un Jérémie Rénier aux allures de boxeurs, et une catchline qui reprend un des fameux commandements, « tu ne convoiteras point ». Ou comment résumer un film à son affiche : des thématiques intéressantes mais poussives, une esthétisation en carton pâte et au final, un film bien mineur. Chose certaine à la sortie du film, Eric Guirado (réalisateur de Quand tu descendras du ciel et du Fils de l’épicier) est loin de convoiter une étiquette « bon film, bon cinéaste ». On en est même loin.

 

Extrait du film Possessions (2012)
Extrait du film Possessions (2012)

 

 

Pour ce troisième long, le réalisateur se dit être inspiré d’un fait divers bien connu de tous, « l’affaire Flactif », une histoire criminelle survenue dans la région d’Annecy. Possessions relate ainsi la disparition et le meurtre d’un promoteur immobilier, de sa femme et de leurs trois enfants. En bon ex-journaliste, Eric Guirado tente de fuir au maximum le côté documentaire qui pourrait tant sied à son propos. Il préfère s’en inspirer et librement adapter son histoire, creuser sa propre étude psychologique des personnages et détourner par ailleurs la narration. Dans un cinéma qu’on qualifierait de social, Guirado a décidé de constater sans prendre partie. Un problème surgit alors: sa neutralité semble mise en doute lorsque le nombre de plans du couple Caron (Julie Depardieu et Jérémie Rénier) augmente très nettement, jusqu’à offrir une exposition abusive. Filmer avec neutralité et objectivité un des péchés capitaux est une chose bien complexe. Une sorte de lien entre fascination et répulsion se tisse entre les deux camps opposites. Ce n’est pas sans rappeler Avant l’aube, dont l’intrigue se passe également en montagne, et raconte comment un jeune en réinsertion se retrouve involontairement mis en cause dans un meurtre, après avoir tenté de protéger son patron. Le propos du film, outre la description de l’envie, de la jalousie et de l’arrogance, est de montrer l’acte qu’un jeune homme aurait pu faire, sans l’avoir commis. Le film de Guirado prend alors une autre direction, forcé par une étiquette « inspiré de faits réels » toujours très attractives. En effet, Bruno craque et assassine la famille Castang. L’envie et la jalousie sont alors devenues une haine non contenue. Possessions pourrait alors être sur le papier un film aux thématiques intéressantes. Dans une moindre mesure, on ne peut qu’être touché par le contexte et le traitement infligé à cette jeune famille par la société qu’incarnerait le couple riche des Castang. On peut sentir dans ce film monter toute une sorte de tension qui va amener à commettre l’irréparable. Mais ce n’est pas sans compter l’interprétation pitoyable au possible des acteurs, pour casser toute cette ambiance du bon film sur papier. Jérémie Rénier semble être alors un acteur difficile à dirigé. S’il excelle devant les caméras des frères Dardenne ou celle de Florent Emilio-Siri (Cloclo), il est ici méconnaissable. On s’ennuie à le voir jouer le campagnard beauf, à la bedaine bien mise en avant, naïf et irresponsable. Julie Depardieu n’est guère plus convaincante, avançant toujours son allure de femme mièvre encore coincée dans l’adolescence. La présence d’Alexandre Lamy relève plus de la figuration, et seul Lucien Jean-Baptiste semble s’en sortir malgré un rôle bourré de redondances.

 

Alors encore une fois, le cinéma français s’est prêtait au jeu du cinéma social, comme Toutes nos envies et Une vie meilleure tout récemment, et avec des fortunes diverses. Mais cette fois-ci, cette thématique toujours très complexe à aborder au cinéma, ne passionne vraiment pas (ou est-ce plus ?).

 

 

L’avis : Entre ennui profond et thématiques traitées avec risibilité, acteurs désintéressés, Possessions est un nouveau film social à oublier au plus vite, offrant 1h38 de fiction toutes aussi pertinente que 2 minutes 30 d’un reportage au cœur du surendettement dans un journal télévisé. Affligeant !