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Critique : Prisoners, de Denis Villeneuve

Villeneuve frappe fort avec ce thriller noir angoissant.

 

Affiche de Prisoners de Denis Villeneuve (2013)
Affiche de Prisoners de Denis Villeneuve (2013)

Début 2011 sortait un film qui, bien qu’il soit passé relativement inaperçu sur le moment, s’est révélé être un joli succès critique et même public un peu plus tard : Incendies. Son réalisateur, Denis Villeneuve avait donc un peu de pression pour son film suivant car le précédant était quand même considéré comme un des 10 meilleurs films de 2011 par le Times et a gagné l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, ce qui n’est pas rien. Pour ce film-ci, Villeneuve s’est accompagné d’un casting 4 étoiles ce qui était de très bon augure. Le seul hic, c’était le nom du scénariste (qui ne vous dira absolument rien soit dit en passant) : Aaron Guzikowski. Le gaillard a écrit le scénario de Contrebande (Vous vous souvenez le film avec Mark Wahlberg ? Non ? Tant mieux) qui ne volait franchement pas bien haut.

 

C’est d’ailleurs le seul petit reproche qu’on pourrait faire au film, son scénario. Il est diabolique et fonctionne très bien mais n’évite pas quelques clichés grossiers. Dans ces clichés, on retrouve notamment ceux des personnages de Hugh Jackman et Jake Gyllenhaal qui sont, pour l’un, un père acculé et épuisé, alcoolique et qui brave la loi pour faire la sienne et, pour l’autre, un flic jusqu’au boutiste.

 

Extrait de Prisoners de Denis Villeneuve (2013)
Extrait de Prisoners de Denis Villeneuve (2013)

Le film démarre avec un repas entre voisins et amis. Lors de celui-ci les 2 petites filles disparaissent et alors la panique s’installe. Les recherches commencent, un suspect est trouvé puis relâché et l’enquête s’enlise. Le père d’une des petites veut faire des recherches de son côté et entrer dans l’illégalité totale tandis que son ami préfère suivre l’enquête policière. Une histoire noire relativement classique sans grosse surprise mais qui fonctionne très bien. Et bien que les thèmes évoqués ont été vus et revus, ils parviennent encore à nous toucher. L’interrogatoire musclé réalisé par le père d’une des victimes sur le suspect est absolument effroyable, résultat d’une mise en scène magistrale.

 

Car de ce scénario en somme ce qu’il y a de plus classique, Denis Villeneuve arrive à faire un cheval de course. Dès le début, on ressent cette ambiance froide et sombre qui ne fera d’ailleurs que s’assombrir jusqu’à la fin. On doit cette ambiance en partie grâce à la superbe photographie de Roger Deakins (qui a bossé entre autre avec les Coen et sur Skyfall, des films avec également des ambiances de ce genre). Cette ambiance oppressante est aussi due au cadre très réaliste du film. C’est très crédible et tant mieux, on en prend plein la vue. C’est anxiogène à souhait alors que le film dure 2h30 et pourtant on en redemande. Le film aurait pu durer 3 heures que ça ne m’aurait pas dérangé. De plus, Villeneuve choisit de nous présenter deux côtés de la justice : celle faite par un représentant de la loi et celle faite par un parent de victime. Un regarde intéressant qui occulte les faits et gestes des coupables, ce qui renforce l’attachement du spectateur pour les protagonistes.

 

Extrait de Prisoners de Denis Villeneuve (2013)
Extrait de Prisoners de Denis Villeneuve (2013)

Et des protagonistes parlons-en. Ils sont joués par un casting de luxe : Hugh Jackman, Jake Gyllenhaal, Terrence Howard, Paul Dano, Viola Davis et Maria Bello, excusez du peu. Jackman en père perdu et Gyllenhaal en flic trouvent ici leur meilleur rôle. Rarement on ne les a vu jouer avec autant d’intensité et de justesse. Comme quoi, et ce s’applique surtout au premier, ils savent faire autre chose que des rôles de blockbusters. Même si le plus impressionnant est Jackman, Gyllenhaal s’en tire superbement bien aussi dans son petit rôle où il livre une belle interprétation assez physique (pas que le rôle soit éprouvant, loin de là, c’est juste qu’il a trouvé une posture intéressante pour son personnage). Les autres acteurs s’en tirent très bien également et ils ont tous quelque chose à défendre. Ils ne sont pas là pour faire de la figuration fort heureusement.

 

Prisoners restera probablement comme une référence dans le genre des thrillers au même titre que Mystic River de Clint Eastwood. Son atmosphère glaciale saisira les spectateurs jusqu’au générique de fin. Et, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on attend avec une énorme impatience le prochain film du cinéaste québécois.