Comédie, Critiques de films, Drame

Critique : Projet X, de Nima Nourizadeh

Il y 13 ans, la critique s’offrait une petite branlette intellectuelle sur American Pie, devenu le teen-movie culte d’une génération. Aujourd’hui, c’est Projet X qui prend le relai. Mais le résultat est bien différent.

Affiche du film Projet X, de Nima Nourizadeh
Affiche du film Projet X, de Nima Nourizadeh

Alors qu’ils semblaient jusque-là se fondre dans la masse, trois lycéens décident de sortir de l’anonymat. En apparence, leur projet est plutôt inoffensif puisqu’ils ont l’intention d’organiser une fête des plus mémorables. Mais rien n’aurait pu les préparer à la soirée qu’ils s’apprêtent à vivre… La rumeur se propage alors rapidement, tandis que les rêves des uns s’effondrent, les résultats scolaires des autres dégringolent, et des légendes se forgent…

Depuis quelques mois, sociologues et public débattent sur la notion de « génération Y » (ou « Peter Pan »), qualificatif donné aux enfants nés entre 1980 et 2000. Caractérisée comme une génération volatile, éduquée à l’ère des jeux vidéos et autres nouvelles technologies, le débat a vite été jugé – à juste titre – inutile car trop réducteur. Mais surtout, il était loin de concerner tout monde.

Ce principe qui a pour but de fourrer tous les jeunes dans un même sac ressort ici avec Projet X. En 1999, la génération années 80 ravivait des souvenirs d’adolescents avec American Pie, teen-movie devenu culte et décliné en une véritable saga, avec des personnages bien définis. Treize ans et une génération plus tard, Projet X sort. Plus destiné à la génération 1990-2000, ce « film » raconte la soirée la plus déjantée de tous les temps, composé par des jeunes de la société actuelle. Ces mêmes jeunes en quête de reconnaissance, addict aux réseaux sociaux, fêtards et consommateurs d’un nombre incalculable de substances illégales. Ces mêmes jeunes garçons qui prennent les filles pour des objets sexuels parce qu’elles sont trop bonnes (!) et qu’elles ne servent qu’à ça. Ces mêmes filles qui vivent dans un culte de la beauté esthétique, se déshabille pour un rien et s’en branle totalement de servir d’objets soumis comme dans de nombreux clips de rap. Bref, des clichés comme ceux-là, on peut en étaler des tonnes.

Extrait du film Projet X (2012)
Extrait du film Projet X (2012)

Mais autant aller voir Projet X pour les voir tous réunis dans un même film, qui les assume totalement et croit alors peindre un tableau réaliste de la jeunesse d’aujourd’hui. Projet X est hype et dans la mouvance actuelle. Même artistiquement, puisque le film reprend le principe de caméra embarquée – très à la mode – utilisé par dans un autre projet: Blair Witch. On pousse même le vice plus loin : comme dans ce même film, les acteurs gardent leurs noms d’origine pour mieux correspondre à l’étiquette « ça s’est réellement passé, regardez ! ». Mais pour quel intérêt ? Pour vous montrer à quel point les producteurs américains sont égocentriques, misogynes, réalistes et plus délirants que tous les autres ? Projet X soulève des questions, c’est certain. D’autant que le film en soit est aussi excellent qu’il est mauvais. Excellent parce que de nombreux jeunes vont ou voudront s’y reconnaître, parce que c’est the « party » avec des scènes à en devenir cultes (le nain dans le four, le chien stone, etc…), parce que c’est la BO du moment autour des Kid Cudi, A-Trak, Yeah Yeah Yeahs, Dr Dre et j’en passe.

Mauvais, parce que ce film est une sorte de diarrhée visuelle, tourné avec une queue de vache dans la main, misogyne au possible (l’image de la femme dans un film destiné au grand public est l’une des plus pitoyables au monde !), parce que l’action met longtemps à démarrer, que les personnages sont des clichés ambulants (trois jeunes, victimes de cette satané société de jeunes où le beau gosse footballeur est roi, sans amis, en quête de reconnaissance et de meuuuufs), que l’histoire est inintéressante à souhait, incongrue. En somme, Projet X n’a absolument aucun intérêt. Et pourtant cette soirée, on aurait aimé la vivre aussi de l’intérieur. Profitant d’une déferlante marketing et d’une stratégie de communication bien au point, il y a fort à parier que Projet X fera parler de lui et que la fameuse deuxième génération Y va courir dans les salles pour se payer une superbe branlette intellectuelle et mettre l’autre teen-movie American Pie au placard. Mais il est encore temps d’éviter toute cette perte de temps… Sauf pour les sociologues qui auront un nouveau sujet passionnant à décortiquer. On attends déjà les retours !

L’avis : Aussi stupide qu’ahurissant, autant pauvre que visuellement hideux, la fiesta du grand n’importe quoi Projet X ne laissera pas indifférent. Il va contenter les plus récentes générations, alors qu’il devrait être haït par les plus anciens, tant les messages assumés (et en théorie second degrés) sont horripilants et idiots au possible. Un point commun tout de même : on ressort du film avec une méchante gueule de bois.