Animation, Aventure, Comédie, Critiques de films

Critique : Rebelle, de Mark Andrews, Brenda Chapman et Steve Purcell

Après l’échec critique de Cars 2, Pixar souhaite réinventer le conte de princesse avec le très beau Rebelle, objet mêlant scénario désinvolte et beauté physique indéniable. Bref, on a encore le cul coincé entre deux chaises.

Depuis la nuit des temps, au cœur des terres sauvages et mystérieuses des Highlands d’Ecosse, récits de batailles épiques et légendes mythiques se transmettent de génération en génération. Merida, l’impétueuse fille du roi Fergus et de la reine Elinor, a un problème… Elle est la seule fille au monde à ne pas vouloir devenir princesse ! Maniant l’arc comme personne, Merida refuse de se plier aux règles de la cour et défie une tradition millénaire sacrée aux yeux de tous et particulièrement de sa mère. Dans sa quête de liberté, Merida va involontairement voir se réaliser un vœu bien malheureux et précipiter le royaume dans le chaos. Sa détermination va lui être cruciale pour déjouer cette terrible malédiction.

A l’instar de Disney au début des années 2000, Pixar est aujourd’hui attendu au tournant à chaque échéance. Grand matador de l’animation, la critique et le public attendent beaucoup de Pixar. Il faut dire que la boîte de Luxo – l’emblème du studio – en a livré du bijou : Toy Story, Les Indestructibles, 1001 Pattes, Le Monde de Némo, Là-Haut… Pixar a toujours l’unanimité, damnant le pion à ces principaux concurrents, de Walt Disney (sa société sœur) à DreamWorks en passant par Blue Sky. On y vante la beauté physique, des réalisateurs de grand talent et des récits fédérateurs et originaux. Mais après le semi faux pas de Cars 2 – le pseudo discours politique et le manque d’humour du film ont fait pencher la balance – Pixar se devait d’être un peu plus original. Le studio aux 22 Oscars teasait alors autour de cette jeune et intrépide princesse écossaise. Le résultat n’est pas à la hauteur des attentes : bien que réellement sympathique, Rebelle sera ce que Raiponce est à Disney, un chouette divertissement pourtant loin d’être à classer chez les classiques de cette maison reine de l’animation.

Extrait du film Rebelle (2012)
Extrait du film Rebelle (2012)

Rebelle souffre d’un scénario frileux qui ne sublime pas son propos original en lui offrant à la fois un côté très prévisible tout en le faisant chuter dans une morale convenue. A vrai dire, Rebelle n’a pas grand-chose à raconter que l’on ne sait déjà. La première bande-annonce mettait en scène la jeune Merida en pleine quête initiatique, entre rébellion contre une mère trop possessive et courage d’une fille hors norme. Coincé entre le fantastique inhérant aux décors des Highlands et le dramatique capilotracté, on ne se sentait pas dans le rêve pur avec Rebelle. Pixar a voulu ainsi se détacher des contes de fées stéréotypées Disney qui n’arrivent plus aujourd’hui à se renouveler. Pixar est en recherche constante de nouveautés, et la différence voudrait être là. Sauf que 210 millions pour arriver à un tel objet prévisible, on sentirait monter la déception en nous. Rebelle n’a jamais réussi à s’enlever cette épine dans le pied qu’est ce scénario prévisible, bien que bourré de belles notions universelles. En voulant s’éloigner de Disney et du conte académique, Rebelle s’en est inconsciemment rapproché. D’une part, le choix de prendre une héroïne en personnage principal. Jusqu’ici, Pixar ne l’avait jamais fait. Les femmes se cantonnaient aux seconds rôles, en silence. Par ailleurs, à force de vouloir conter une histoire différente (la princesse rebelle qui défie la puissance maternelle, comme un air de déjà-vu pourtant), Rebelle se complaît un peu trop dans la niaiserie de son propos, coincé entre remise en cause du mariage forcé, obligation de rang et liens familiaux mis en doute. On s’en remet à quelques fulgurances comme les excellents sidekicks que sont les frères de Merida, délirants et terriblement attachants. Sans eux, il semble évident que Rebelle manque de peps, la faute à un scénario voulu trop original qui tombe finalement dans une morale bien creuse.

Extrait du film Rebelle (2012)
Extrait du film Rebelle (2012)

Pourtant le charme opère. Les personnages sont attachants, l’ambiance fantastique, le rythme est bon – malgré un twist couru d’avance – et l’enveloppe est absolument sublime. Tout se marie à merveille avec la musique, concoctée cette fois-ci par Patrick Doyle. Il reste cette indéniable volonté de repousser toujours plus loin les codes physiques qui régissent le monde l’animation. En témoigne ces quelques 110 000 story-boards et concept arts, Rebelle jouit d’une superbe animation. Un sens du détail ahurissant, que ce soit dans une mèche de cheveux de Merida ou dans le choix astucieux des couleurs. Mark Andrews – qui co-réalise ici son premier long avec une maîtrise déroutante – s’était fait remarquer avec un court original en 2005, L’homme-orchestre. Il y démontrait déjà tout la classe de son animation, fluide, chatoyante et addictive. Il marque Rebelle de son empreinte, et rejoint les talentueux John Lasseter, Pete Docter ou Andrew Stanton. Branda Chapman (Le Prince D’Égypte) et Steve Purcell (qui a travaillé sur Cars en 2006) forment le tandem, maillon fort de la nouvelle génération Pixar qui aura encore tout à prouver. Rebelle est prometteur, efficace sur la forme, à défaut d’avoir un fond plus solide. Qu’importe, les spectateurs devraient plébisciter cette tentative de renouvellement, en témoigne le box office américain où Rebelle ayant déjà largement dépassé le score de Cars 2.

Pixar n’est plus cette nouvelle vague de fraîcheur qui déferlait sur le monde de l’animation à l’heure où Disney montrait ses premières limites. La forme sublime ne cache pas les errances d’un scénario qui s’est imaginé trop original et finit par basculer dans des facilités déconcertantes de naïveté. Rebelle est loin de la magie inhérente à Toy Story et autre Ratatouille. Si Pixar s’évertue à raconter des histoires toujours plus différentes les unes des autres, des défauts récurrents commencent à plomber les dernières œuvres du studio américain.