Critiques de films, Epouvante-horreur

Critique : [REC]³ Génesis, de Paco Plaza

Troisième épisode de la franchise espagnole à succès [REC], ce Genesis adopte un nouveau ton et se démarque de ses prédécesseurs, pour le meilleur et pour le pire.

 

 

 

 

C’est le plus beau jour de leur vie : Koldo et Clara se marient !
Entourés de leur famille et de tous leurs amis, ils célèbrent l’événement dans une somptueuse propriété à la campagne. Mais tandis que la soirée bat son plein, certains invités commencent à montrer les signes d’une étrange maladie. En quelques instants, une terrifiante vague de violence s’abat sur la fête et le rêve vire au cauchemar… Séparés au milieu de ce chaos, les mariés se lancent alors, au péril de leur vie, dans une quête désespérée pour se retrouver…

 

En 2008, l’un des plus grands succès espagnols de tous les temps sortait en France. Filmé en caméra embarquée, [REC] proposait une action qui monte crescendo, le tout dans un huis clos étouffant porté par des acteurs méconnus. Quatre ans plus tard, Paco Plaza annonce une nouvelle suite improbable (après avoir affirmé ne pas vouloir tourner une séquelle après un deuxième opus presque raté), [REC] 3 Genesis voit le jour. Pour l’occasion, Plaza annonce qu’il va changer quelques règles inhérentes à la saga. Le ton sera plus rock’n’roll, la caméra embarquée laissée de côté, des acteurs plus connus en tête d’affiche. En somme, [REC] n’a gardé que ses infectés endiablés et fait un obscur lien concernant les intrigues de chaque opus.

 

 

 

Convaincant ? Quitte à changer de ton, Plaza aurait dû le faire plus nettement. Son film ne dure que 1h20, mais seulement 10 à 15 minutes ressortent clairement d’un film qui flirte plus avec le soporifique que le rythme convaincant. En somme, [REC] 3 s’avère savoureux lorsqu’il assume un côté plus badass, déclenchant le rire autant que le frisson. Il commence par un long found-footage en guise d’introduction, où on retrouve les habituels commérages de mariage. La caméra embarquée n’a aucune utilité, d’autant que les ficelles sont trop évidentes. Au jeu « qui est déjà infecté », on voit où Plaza veut en venir. Aucune place à l’inattendu et à la surprise, c’est un [REC] 3 platonique qui s’ouvre à nous après une longue introduction d’une vingtaine de minutes. Place ensuite à la somptueuse soirée de mariage jusqu’à la très attendue scène où la violence de l’infecté préfigure une ode apocalyptique. Puis, étonnamment et sans raison apparente, Plaza lâche sa caméra embarquée. Il va désormais user de travellings, de plans stables gagnés à l’aide de grues. [REC] perd son identité visuelle, pendant que le spectateur perd lui son mal de crâne. Séparés par la débandade, les deux époux vont pendant plus de 45 minutes de se retrouver. La créativité du scénario permet alors une ouverture plus délirante, totalement assumée et [REC] 3 devient aisément risible. Le ridicule ne tue pas. Si l’action reste prévisible, la faute à des jump-scares trop évidents et bruyants, le gore décomplexé amuse.

 

 

 

 

Les surprises sont trop rares, mais Plaza sauve son film par quelques inspirations gores bien pensées. Mais trop rarement choquant – et c’est là que l’on rejoint le côté plat du film – Plaza enlève cette âme salvatrice pour revenir à quelque chose de plus de conventionnel. Au fond  il éteint gentiment un brasier qui commençait à devenir intéressant. Son seul moment jusqu’au boutiste est une scène finale où il fait vivre un romantisme exacerbé en rupture avec la gravité de situation. Il s’en donne enfin à coeur-joie et va, cette fois-ci, jusqu’au bout de son idée. Un spoiler concernant un quatrième opus, qui lui serait définitivement badass ? On a presque envie de dire oui, car quel intérêt de revenir à quelque chose qui a déjà été fait et encensé aussi bien par la critique que par le public ? Autant y préférer un autre film qui assumerait totalement les règles changées pour donner un tout autre plaisir à son public…

 

L’avis : En changeant les règles mais n’exploitant pas jusqu’au bout quelques bonnes idées clairsemées, Paco Plaza et son [REC] 3 ont plus teasé une hypothétique suite intéressante, plutôt que de proposer un réel point de vue et un film gore divertissant, bien trop gentillet pour convaincre sur la longueur.