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Critique : Rhum Express, de Bruce Robinson

The Rum Diary, un temps en gestation, a fini par sortir sur nos écrans grâce au combat de Johnny Deep. Devrait-on dire à cause de…

 

Rhum Express, de Bruce Robinson affiche
Rhum Express, de Bruce Robinson affiche

 

Lassé de sa vie new-yorkaise, Paul Kemp s’expatrie sur l’île paradisiaque de Porto Rico. Très vite, il adopte le rythme de la vie locale, fait de douceur de vivre et de beaucoup de rhum… Paul est engagé par un modeste journal local, le San Juan Star, dirigé par Lotterman. Il tombe aussi sous le charme de la très belle Chenault, une jeune femme fiancée à Sanderson, un homme d’affaires mouillé dans des contrats immobiliers douteux. Sanderson fait partie du nombre croissant d’entrepreneurs américains bien décidés à transformer la magnifique île en un paradis capitaliste réservé aux riches. Lorsque Kemp est engagé par Sanderson pour écrire un article élogieux sur son dernier plan véreux, il se retrouve face à un vrai choix : soit il met sa plume au service de cet homme d’affaires corrompu, soit il dénonce tout et révèle les trafics sordides. Sur l’île et ailleurs, son choix va faire des vagues…

 

 

C’est sous le nom de Rhum Express que sort l’adaptation du roman de Hunter S. Thompson dirigée par Bruce Robinson. Ce dernier fait d’ailleurs des malchanceux d’Hollywood. Après l’échec de son dernier Jennifer 8, Robinson s’était juré de ne pas revenir derrière la caméra, ni d’écrire de scénario. Une retraite en quelque sorte. Pourtant, il s’est laissé séduire par Johnny Deep et son réseau convaincant. De la volonté de la désormais star Johnny Deep naquit donc Rhum Express. Johnny Deep était déjà au départ : il a forcé S. Thompson à publier son roman après que Deep ait lu le script dans les années 90. L’adaptation cinéma est donc une suite logique, un hommage puisque l’écrivain est décédé en 2005. Deep y incarne d’ailleurs le rôle de Paul Kemp, qu’il compare aisément à celui de Raoul Duke dans Las Vegas Parano (déjà une adaptation du même écrivain). Pourtant le résultat est bien loin des attentes. Johnny Deep, si aveuglé soit-il par le projet, est loin d’avoir signé le grand projet de sa carrière. Ses récents films (la saga Pirates des Caraïbes, ses collaborations avec Tim Burton, des prestations remarquées dans Public Enemies par exemple) lui ont permis d’avoir une assise et la possibilité de mener à bien des projets qui lui tenaient plus à cœur, comme l’adaptation de ce thriller tropical.

Rhum Express, de Bruce Robinson
Rhum Express, de Bruce Robinson

 

Mais avec Rhum Express, et ce qui semble en ressortir au premier abord, c’est que Johnny Deep et sa bande du moment se sont payés de belles vacances du côté de Porto Rico. Le film enchaîne les beaux décors paradisiaques, les voitures de collections, les beaux hôtels, les fringues chic (costumes de Colleen Atwood), et photographie par moments l’envers du décor, la pauvreté, le Porto Rico sale des années 60. Mais tout a presque un charme. A l’image d’une mise en scène plus que moyenne et pas franchement emballante, Rhum Express se démarque par une platitude nauséabonde. Pire encore, malgré son premier rôle sans envergure, Johnny Deep est spectateur. Il laisse Giovanni Ribisi et Michael Rispoli prendre en main l’humour (rare) du film, il laisse Aaron Eckart agir avec séduction et vice, enfin il se laisse enivrer par la sublime Amber Heard (All the boys love Mandy Lane, Hell Driver). Rhum Express n’intéresse ni dans son action, ni dans ses propos (Guerre Froide, poids des Etats-Unis, capitalisme colonisateur…), ni dans son humour. Pour ce dernier, seul un gag avec une voiture et un essieu prête à sourire. Mais on peine à réellement à se convaincre par ce long Rhum Express qui endort plus qu’il ne séduit. Johnny Deep a beau essayé de se rattraper par sa classe naturel, et ses mimiques (aussi bien vues chez Sparrow ou Burton), il s’entête à croire que son Rhum Express était à consommer sans modération. Personne n’est parfait.

L’avis : Long, lourd, loin d’être amusant et captivant, Rhum Express joue une carte répulsive bien involontairement à cause d’une richesse exacerbée et d’une passivité qui pousse à la sieste, rhum ou non. Toute la classe de Johnny Deep ne séduit pas plus, et ce dernier rate le coche avec l’échec critique et public de ce Rhum Express bien pauvre.