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Critique : Rock Forever, d’Adam Shankman

Après Hairspray et Mamma Mia, c’est au tour d’une comédie musicale rock – au sens large – des années 80, d’être adaptée à l’écran. À prendre au second degrés.

 

Affiche du film Rock Forever, d'Adam Shankman
Affiche du film Rock Forever, d’Adam Shankman

 

Sherrie, jeune provinciale, rencontre Drew, garçon de la ville, sur le Sunset Strip, alors qu’ils tentent de percer à Hollywood. « Rock Forever » raconte leur histoire d’amour à travers les tubes de Def Leppard, Foreigner, Journey, Poison, REO Speedwagon, et Twisted Sister…

 

Parodie de Glee en même temps que clin d’oeil appuyé à Grease, Rock Forever est derrière son aspect bateau, une comédie intelligente! N’allez pas crier au scandale, tout ceci s’explique. Sans aucun doute, Rock Forever est avant tout une parodie second degrés qui ne se prend pas au sérieux. On s’y amuse autant que possible et on prend du plaisir à jouer dans des rôles plus atypiques pour la plupart des acteurs. Il suffit de regarder évoluer le dément duo formé par Russell Brand et un inattendu Alec Baldwin flanqué d’une crinière, pour le constater. Ça se sent également dans la musique, le rythme colle bien à l’ambiance tout en contraste avec les paroles qui sont d’une pauvreté mièvre et affligeante. Nous avons d’un côté le véritable clin d’oeil aux années 80 avec le personnage mégalomane, star adulé et en proie aux démons inhérentes des stars avec Stacee Jaxx – un Tom Cruise en forme olympique – de l’autre un penchant plus jeune, véritable foutage de gueule, où dialogues niais, une action digne d’un High School Musical. Des chutes du Niagara à l’eau de rose.

 

Extrait du film Rock Forever (2012)
Extrait du film Rock Forever (2012)

 

Le problème est clairement du côté de ces jeunes acteurs qui font tâche : on ne sait s’ils s’auto-parodient ou s’ils se prennent au sérieux ! Julianne Hough est un produit ABC, double vainqueur de l’émission « Dance with the stars », qui débute au cinéma dans la comédie musicale Footloose au cinéma. Elle est également chanteuse et joue la carte stridante et pop mièvre dans Rock Forever. Détestable. Côté mec, Diego Boneta fait ses débuts sur grand écran après avoir tourné avec son groupe RBD (vous connaissez ?). Le couple est en rupture totale avec le reste du casting, et sont en même temps là pour ramener un jeune public dans les salles, à l’heure où cette comédie musicale devrait jouer la carte nostalgique. Jamais l’alchimie ne prendra. Et vient se poser le soucis majeur de ce film : à ne plus savoir quel public séduire, Rock Forever perd son identité et son humour. La comédie musicale n’est pas assez rock (du moins dans l’esprit) et ce ne sont pas les présences de Joan Jett, Foreigner, Def Leppard ou The Offspring dans l’OST qui changeront quelque chose. Non pas que le terme rock signifie indubitablement sueur, vomi, bière, sexe et drogue, mais il y a des limites que le film ne veut pas dépasser. La nudité en est un exemple modèle : les corps n’iront jamais au-delà du sous-vêtements.

 

Extrait du film Rock Forever (2012)
Extrait du film Rock Forever (2012)

 

Accusant cette volonté de toucher un trop large public par peur du bide, le film va évoluer avec cette pression sur l’ensemble du divertissement. Jamais réellement décomplexé, Rock Forever reste trop correct pour convaincre. Le second degrés, c’est une chose, l’objectivité en est une autre. On reste dans la stricte adaptation de cette comédie musicale qui avait fait ses preuves à Broadway, sans y ajouter la touche particulière qui rendra l’objet explosif et attirant. Le scénario débite ses thématiques à la truelle, que ce soit le rêve hollywoodien de deux jeunes adolescents, le conservatisme républicain ou l’ère des stars déchues. Reste que ce casting de quinquagénaires (Baldwin, Cruise, Zeta-Jones) surprend par sa vivacité et ce sens de l’humour inattendu, chose que n’avait pas le Mamma Mia de Phyllida Lloyd par exemple. Tom Cruise est assurément l’attraction de ce film, lui qu’on imaginait ridicule en mode hard-rockeur. Il prend à contre-pied ses rôles habituels, excelle à jouer le sex-symbol et enchaîne les mimiques risibles. Il est le pur bonheur de Rock Forever.

 

L’avis : Sans Tom Cruise et un casting de quinqua convaincants, Rock Forever resterait un pétard mouillé sans grand intérêt, délivrant ses thématiques sans aucune surprise en jouant la carte du politiquement correct. Le sourire y est, mais la comédie rock culte est à des années-lumières de cela.