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Critique : Sammy 2, de Ben Stassen et Vincent Kesteloot

Avec le fantôme de Némo derrière lui, Sammy n’a jamais pu rassembler le public autant que le cousin Pixar. Ce deuxième opus, lourd et naïf, ne sera pas celui de la rédemption.

 

Affiche du film Sammy 2, de Ben Stassen et Vincent Kesteloot
Affiche du film Sammy 2, de Ben Stassen et Vincent Kesteloot

 

 

Sammy et Ray, deux tortues de mer, amis depuis toujours, ont la belle vie le long d’une barrière de corail, guidant leurs nouveaux nés Ricky et Ella au cours de leurs premiers pas en mer. Soudain, ils sont capturés par des braconniers et se retrouvent à Dubaï au milieu d’un aquarium abritant un incroyable spectacle pour touristes. Le chef de la bande, Big Boss l’hippocampe, les met dans la confidence de son grand plan d’évasion. Mais Sammy et Ray concoctent de leur côté une autre échappée avec leurs nouveaux amis, Jimbo le poisson, Lulu le homard, Annabel la gentille petite pieuvre et toute une famille de pingouins. C’est alors qu’arrivent les petits Ricky et Ella, bien déterminés à s’infiltrer pour leur venir en aide. Après une série d’aventures plus palpitantes les unes que les autres, nos héros mettent le cap vers le sud pour retrouver Shelly, le grand amour de Sammy.

 

On m’avait dit un jour, Sammy n’est pas un film d’animation pour les adultes. On trouvera ça lourdingue et niais pendant que les enfants adoreront. Soit. J’ai donc voulu tester l’efficacité de ce produit diablement efficace auprès du public enfantin, le vrai – pas celui qui s’intéresse déjà au Seigneur des Anneaux ou LOL. Dans un centre de loisirs, pendant deux semaines autour du thème de la mer, des petits maternelles (de 3 à 6 ans) ont pu voir Le Monde de Némo (le grand chef-d’œuvre de la mer) et Le Voyage extraordinaire de Samy (le premier opus qui amène notre suite). Le résultat est sans équivoque : ils ont largement préféré Némo. Pour la simple et bonne raison qu’à leur petit âge, ils ont compris que Némo – et son père – étaient bien plus attachants que Samy. C’est assez symptomatique d’un film qui a cherché à éviter toute ressemblance dans son premier opus avec le dit Némo, pour finalement plonger la tête la première dedans, à l’occasion d’un second opus. Toujours sans réussite. Du côté de la production, on avait signé avec Le Voyage extraordinaire de Samy un film d’animation ambitieux, en témoigne la bande originale du film, très riche. Celle-ci sera complètement absent de Sammy 2, victime des coupes budgétaires et d’une production, qui cette fois-ci, n’a pas voulu prendre le risque d’un échec commercial.

 

Extrait du film Sammy 2 (2012)
Extrait du film Sammy 2 (2012)

 

 

Le seul intérêt de Sammy 2, à l’image du premier film, ne réside que dans l’utilisation très efficace de la 3D, qui pour le coup, saura convaincre tant les effets dans le côté immersif fonctionne. C’est un budget initial de 25 millions d’euros juste pour le relief. L’histoire n’en restera que plus basique et ennuyeuse, les dialogues sans grand intérêt et les personnages sans relief – hormis éventuellement la figure de l’hippocampe démystifiée. Le premier opus se grimait en road-trip puisque Samy (tortue campée par Dany Boon) effectuait une sorte de traversée du monde, métaphore de l’apprentissage dans le temps. Résultat, dans Sammy 2, il a changé de voix (c’est Franck Dubosc qui s’en occupe) et il est tout en sagesse et expérience aux côtés de son ami de toujours, Ray (Elie Semoun, toujours présent). A l’inverse de Némo, c’est le papa qui se fera enlever et le petit qui partira à sa recherche pour le sauver. Le principe sera le même, entre courage et abnégation, quête initiatique et leçon de la vie. A la différence d’un premier opus qui abordait toutes les thématiques inhérentes au monde marin (des dangers de la mer à l’écologie en passant par Green Peace et la protection marine), Sammy 2 appuie sur la cause écologique pour justifier sa narration et reprend le penchant documentaire du premier opus. L’exploitation des poissons pour satisfaire le spectacle humain qui ne respecte ni sa terre, ni ses mers. Le propos s’essouffle bien vite, Sammy 2 n’ayant plus grand-chose à raconter à la différence d’un premier opus au propos riche, bien que traînant avec lui les traditionnels défauts du récit naïf. Le rythme, absent de cette suite qui s’éternise, en était résolument la force, en plus de créer des personnages attachants qui ici suscitent plus notre lassitude. Sammy 2 est l’illustration parfaite d’un décor dans lequel le film d’animation a puisé tout ce qui pouvait l’être, jusqu’à essoufflement du principe.