Critiques de films

Critique : Sleeping Beauty, de Julia Leigh

Se posant en un véritable conte moderne dans l’Australie urbaine du 21ème siècle, Sleeping Beauty fascine par sa délicate froideur sur un sujet abordé de manière frontale. Mais d’un ennui aussi palpable.

 

Sleeping Beauty, de Julia Leigh, affiche
Sleeping Beauty, de Julia Leigh, affiche

 

 

Ce que les hommes lui font la nuit, Elle l’a oublié au réveil. Une jeune étudiante qui a besoin d’argent multiplie les petits boulots. Suite à une petite annonce, elle intègre un étrange réseau de beautés endormies. Elle s’endort. Elle se réveille. Et c’est comme si rien ne s’était passé…

 

 

 

 

En compétition à Cannes l’an dernier, le Sleeping Beauty de Julia Leigh a mis du temps à venir sur nos écrans. Il s’est involontairement offert en prime une courte séquence de buzz sur son interdiction à un public de moins de 16 ans, à cause de ses scènes de sexe plutôt suggérées. Sleeping Beauty est donc à la fois un conte moderne (fortement inspiré de La Belle au Bois Dormant), une œuvre féministe, un sujet difficile, et un film d’auteur puisque Leigh a réalisé et écrit ce film, avec le soutien de Jane Campion, réalisatrice primée à Cannes et devenue incontournable. Et comme son mentor, Julia Leigh s’évertue à filmer la sexualité d’une manière très frontale, mêlant cette ambiance à la réalité d’une vie étudiante loin d’être simple. En manque d’argent, Lucy (Emily Browning) tente de survivre en parallèle de ses cours. Après avoir vu une annonce, elle se retrouve à jouer les serveuses en lingerie fine devant des convives de la haute bourgeoisie. Jusqu’ici tout va bien… On retrouve cette manière très agréable d’instaurer une ambiance à la fois glaciale et en même temps sensuelle, le tout avec une délicatesse avérée. Lucy découvre ensuite une autre facette de ce job. Pendant qu’elle dort paisiblement, un homme vient s’offrir la beauté endormie comme l’indique son titre. Une autre façon de voir une Belle en conte moderne et érotique.

Sleeping Beauty, de Julia Leigh
Sleeping Beauty, de Julia Leigh

Il semblerait donc que Sleeping Beauty ait retenu l’attention  de la Commission qui attribue les interdictions et avertissements. En effet, cette dernière avait considéré que le film était « une incitation à la prostitution ». Une interdiction qui nous intrigue donc un peu plus, mêlé à la curiosité de voir la prestation d’une jeune poupée (Emily Browning) sous son penchant érotique. L’incitation à la prostitution est largement contestable. Hormis une hypothétique scène de viol (possible donc, on n’en saura rien), Sleeping Beauty reste soft dans son propos et à l’écran. Pas de choc, pas de surprise non plus, nous sommes plutôt face à un film d’auteur d’une beauté froide et ennuyeuse dans son écriture et son rythme à l’écran. Les scènes et beaux cadres s’enchaînent dans des chambres qui respirent la bourgeoisie et le luxe d’antan. Sleeping Beauty devient lourd et pesant, mais assurément pas dans le sens souhaité. Julia Leigh ne s’est pas moqué de nous. Elle a essayé de faire une histoire intéressante, en partant d’un sujet complexe, étrange, déroutant, et d’un point de départ pour le moins intrigant. Pour autant, il en reste un film indolent, avec des prestations d’acteurs plates. On aurait aimé être surpris par Emily Browning, actrice capable de jouer les poupées rebelles dans le Sucker Punch de Zack Snyder, mais qui  là n’embellie pas le film.

 

Sleeping Beauty, de Julia Leigh
Sleeping Beauty, de Julia Leigh

 

L’avis : D’un film au sujet sensible et intéressant, Julia Leigh nous porte à l’écran un travail d’une mollesse incroyable et d’une lenteur qui nous endormirait aussi facilement que notre Emily Browning en étudiante dans le besoin. Dommage.