Critiques de films, Drame

Critique: States of Grace de Destin Daniel Cretton

SXSW, Deauville, Locarno, des prix aux Independent Spirit Awards… Voilà le parcours en festival de la nouvelle pépite du cinéma indépendant américain.

Sensible et déterminée, Grace est à la tête d’un foyer pour adolescents en difficulté. Parmi les jeunes membres de son équipe, diversement expérimentés, la solidarité et le bon esprit sont de mise. Jusqu’à l’arrivée soudaine d’une fille tourmentée qui ignore les règles du centre et renvoie Grace à sa propre adolescence… pas si lointaine.

Ce film indépendant représente tout ce qu’on aime dans le cinéma: un sujet fort et méconnu, de jeunes acteurs qui crèvent l’écran, et une atmosphère qui vous englobe dès les premières minutes.

« States of Grace » (ou « Short Term 12 » de son titre original) c’est le cinéma que l’on souhaite découvrir. Un jeune réalisateur, qui s’inspire de situations réelles, qui a envie de « dire quelque chose »; et c’est vraiment cette volonté de partage qui transcende le film, qui le rend vivant et lumineux.

Des acteurs qui interprètent de manière toujours très juste leur rôle. Brie Larson – vue récemment dans « The Spectacular Now » de James Ponsoldt – qui expose vraiment un personnage sensible, troublé, qui cherche à s’émanciper de son passé pour vivre enfin. Kaitlyn Dever ensuite, une sorte de mini Jennifer Lawrence, une adolescente sombre et bloquée qui prend peu à peu son envol. Et enfin, John Gallagher Jr, héros des temps modernes, toujours le bon mot, la bonne approche.

A la manière d’un Thomas Vinterberg avec « La Chasse », Destin Daniel Cretton nous emmène dans cet univers peu connu des foyers pour adolescents. Il nous plonge dans cet univers spécial, dans lequel les masques des « petits durs » tombent et révèlent leur blessure : la vraie raison qui les amène en détresse si jeunes, la violence parentale. Ce sujet tabou est exploré de manière transversale avec l’expérience emmagasinée par les éducateurs qui eux-mêmes ont réussi à surpasser les ombres du passé.

Mais contrairement à Thomas Vinterberg, D. D. Cretton explore la beauté de l’humain plutôt que sa face sombre; ils nous révèle le courage et la force que ces jeunes enfants tirent les uns des autres, et se battent sans cesse pour survivre. Loin de l’Happy End qui gâche de nombreux films d’auteur, on est happé dans l’histoire et on suit leur effort quotidien, leurs petites joies, leurs peines plus profondes. Et l’espoir prend le dessus.

Un film impressionnant. De maîtrise d’abord, premier film, et un scénario bien ciselé qui évite les travers et clichés liés au sujet. D’émotion également, les petits moments de joie entrecoupent cette vie faite de bataille, mais une bataille toute en langueur, une guerre de l’ombre dans laquelle les héros sont les anciennes victimes.

Le genre de film que l’on ne peut s’ôter de la tête après l’avoir vu.