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Critique : Sublimes Créatures, de Richard LaGravenese

Oubliez Twilight et foncez vers Sublimes Créatures les yeux fermés !

 

Affiche du film Sublimes Créatures, de Richard LaGravenese
Affiche du film Sublimes Créatures, de Richard LaGravenese

 

Ethan Wate, un jeune lycéen, mène une existence ennuyeuse dans une petite ville du sud des Etats-Unis. Mais des phénomènes inexplicables se produisent, coïncidant avec l’arrivée d’une nouvelle élève : Léna Duchannes. 
Malgré la suspicion et l’antipathie du reste de la ville envers Léna, Ethan est intrigué par cette mystérieuse jeune fille et se rapproche d’elle.
Il découvre que Lena est une enchanteresse, un être doué de pouvoirs surnaturels et dont la famille cache un terrible secret. 
Malgré l’attirance qu’ils éprouvent l’un pour l’autre, ils vont devoir faire face à une grande épreuve : comme tous ceux de sa famille, Lena saura à ses seize ans si elle est vouée aux forces bénéfiques de la lumière, ou à la puissance maléfique des ténèbres…

 

 

La saga adolescente au cinéma a encore de beaux jours devant elle. Que ce soient les fans des défuntes franchises Harry Potter et Twilight, ils ont désormais une multitude de choix pour faire le deuil de leurs idoles. Lorgnant plus vers le second titre plutôt que le premier (malgré l’omniprésence d’une magie pleine de modernité et de secrets passionnants), Sublimes Créatures est bien le successeur tout trouvé de Twilight… En attendant Les Ames Vagabondes ou The Mortal Instruments ?

 

Extrait du film Sublimes Créatures (2013)
Extrait du film Sublimes Créatures (2013)

 

Dirigé par un Richard LaGravenese visiblement envoûté par un récit qu’il ne laisse jamais virer vers les mièvres incartades pseudo-sentimentales, Sublimes Créatures repose sur une narration souple mais captivante, un sens du rythme travaillé, un duo de premiers rôles frais et des seconds rôles prestigieux et expérimentés. L’ensemble ne manque pas de cohérence et les premières minutes s’avèrent déjà suffisamment immersives pour créer une forme d’attirance. On s’attache bien vite aux personnages, notamment cet Ethan qui tente de se trouver une raison de vivre en faisant le deuil de sa mère disparue, espérant également quitter au plus vite une ville si ennuyeuse dans laquelle il n’a plus aucune attache… jusqu’à ce que Lena Duchannes, belle petite brunette pleine de mystère vers lequel on se dirigerait tel un aimant, n’arrive. Les deux s’entichent l’un de l’autre, se désirent, s’appréhendent, s’aiment, rêvent (comme tout jeune) d’ailleurs et d’émancipation, refusent l’aliénation et vont former un duo fort et complémentaire. Quand le quelconque Alden Ehrenreich (l’un des protégés de Steven Spielberg vu dans Tetro) s’amuse à rendre son personnage plus énergique et proche d’un adolescent classique (une sorte de monsieur tout-le-monde), Alice Englert, fille de Jane Campion qui a plus en commun avec Jennifer Lawrence que la future vampire, joue la carte mystérieuse, la fille inaccessible et la maturité à fleur de peau. On est à mille lieues du couple formé par le mielleux brillant Robert Pattinson et la mono-expressive Kristen Stewart dans Twilight. Même si le film, adapté de La saga des lunes et de son premier tome 16 Lunes, cherche involontairement les comparaisons, lorsque par exemple, le couple joue une scène de baiser ressemblant étrangement à une consoeur se déroulant dans une clairière fleurie…

 

Extrait du film Sublimes Créatures (2013)
Extrait du film Sublimes Créatures (2013)

 

Plus subtil que son homologue teen-movie niaiseux, Sublimes Créatures évolue dans une narration captivante, dont on connaît forcément la fin, mais que l’on aime voir défiler sous nos yeux, bien que n’étant pas exempt de tout reproche. Jouant sur le folklore déroutant de la magie qui laisse échapper quelques scènes à l’esthétique douteuse (celle du repas de famille par exemple), Sublimes Créatures se créé une identité visuelle, qui sans verser dans un registre chiadé, permet d’emporter son spectateur, nous invitant à suivre les deux personnages centraux. Sublimes Créatures parle ainsi d’émancipation, de passage vers l’âge adulte, d’une rencontre sentimentale se construisant sur une quête initiatique inavouée au départ, et qui finalement, deviendra un objectif inévitable. Sans perdre de vue ses enjeux, le film navigue entre le drama, la romance inévitable (mais loin d’être détestable) et même la comédie, puisque le scénario assume un certain sens de l’autodérision et du second degrés à l’instar d’une délirante Emma Thompson néo-conservatrice. Un joli petit coup de cœur qu’on aimerait voir se poursuivre. Car si des œuvres aussi contestées que Twilight sont plébiscitées par le public en masse, pourquoi celle-ci n’aurait-elle pas le droit à un traitement similaire alors que son contenu est bien plus satisfaisant ? Le premier pas est fait, la confirmation est d’ores-et-déjà attendue !

 

L’avis : S’il souffrira malheureusement des comparaisons avec son homologue à canines proéminentes, Sublimes Créatures s’avère être le bon démarrage d’une saga adolescente à succès. Plus mature, subtil, entraînant et rendu sympathique par une pléiade d’acteurs talentueux, le film de Richard LaGravenese tape à l’oeil. Si ce n’est pas pour ses effets spéciaux fantaisistes ou la photographie inspirée de Philippe Rousselot (Sherlock Holmes, Big Fish), Sublimes Créatures repose sur un scénario convaincant et des interprètes de qualité. A peine remis d’un Twilight enfin terminé et enterré, on ne va pas bouder son plaisir devant pareille démonstration divertissante. Hunger Games n’aura qu’à bien se tenir !