Critiques de films, Drame

Critique : Suzanne, de Katell Quillévéré

Sublime portrait de femmes, Suzanne de la jeune réalisatrice Katell Quillévéré est l’ultime pépite française de l’année.

 

Affiche du film Suzanne, de Katell Quillévéré
Affiche du film Suzanne, de Katell Quillévéré

 

Fille-mère à l’adolescence, Suzanne vit avec son père routier et sa sœur dont elle est inséparable. Sa vie bascule lorsqu’elle tombe amoureuse de Julien, petit malfrat qui l’entraine dans sa dérive. S’ensuit la cavale, la prison, l’amour fou qu’elle poursuit jusqu’à tout abandonner derrière elle…

 

 

L’adage si français qui voudrait trouver à chaque artiste un mentor, tel le maître comparé à son héritier, ferait dire que le film Suzanne aurait bien pu être réalisé par la fille spirituelle de Pialat, qui, trente ans plus tard, voit son A nos amours avec Sandrine Bonnaire être rejoué avec une nouvelle actrice incandescente. A un détail près que cette actrice a déjà deux César sur ses étagères et que cette nouvelle prestation brutale et humaine la confirme comme l’une des meilleures actrices du circuit, n’en déplaise à ses détracteurs pas franchement adorateur de ce style franchouillard brisant les codes de l’acting classique.

 

Extrait du film Suzanne (2013)
Extrait du film Suzanne (2013)

 

Au-delà de la comparaison au cinéma de Pialat, Suzanne est une simple pépite. Un vrai portrait de femmes, l’histoire d’une famille sur 25 ans centrée autour de son aîné. Mais pas seulement. Le film de Katell Quillévéré est un tout, formidable tout. Pêle-mêle, la réalisatrice d‘Un poison violent navigue entre les émotions, le deuil, l’esprit de famille, l’amour aveugle et/ou fraternel, la liberté, la crise identitaire… Peu de dialogues, mais beaucoup à dire dans les regards, les cadres (l’une des scènes clés finales n’a pas besoin de mots ni de « violons » pour parler d’elle-même). Sara Forestier est au sommet, magnifique et touchante, Adèle Haenel dans la peau de sa sœur aimante et rangée, confirme qu’elle est l’une des actrices à seconds rôles que le public français va aimer à l’avenir (comme une autre Adèle avec qui elle partage quelques traits communs dans le jeu et la présence à l’écran).

 

Extrait du film Suzanne (2013)
Extrait du film Suzanne (2013)

 

Enfin, il a souvent été éclipsé par le premier rôle de Forestier, mais la performance de François Damiens est époustouflante avec ce costume de ce père taciturne qui peine à joindre les deux bouts et perd inconsciemment ses filles alors qu’il tente lui aussi de faire le deuil d’un amour emporté par la mort. On imagine que pour ces trois acteurs – comme pour cette mise en scène épurée et propre – des nominations aux César du Cinéma relèvent de l’ordre du nécessaire.