Critiques de films, Drame

Critique: Tel Père Tel Fils de Hirokazu Kore-eda

Le réalisateur japonais livre une vision complexe de la paternité

 

Affiche de Tel Père Tel Fils d'Hirokazu Kore-eda (2013)
Affiche de Tel Père Tel Fils d’Hirokazu Kore-eda (2013)

 

Cette année aura été riche en films asiatiques. Entre ceux qui sont sortis et ceux qui ont été vus en festivals, force est de constater que l’offre était large et très souvent d’excellente qualité. Kore-eda ne déroge pas à la règle et son film Tel Père Tel Fils rentre parfaitement dans ce cadre.

 

 

Le film nous plonge dans la culture japonaise qui, vue d’un oeil occidental, peut nous paraître austère. C’est bien connu, la différence de culture nous pousse parfois à mal interpréter les faits/réactions qu’on voit à l’écran. Et c’est de nouveau la même chose ici. Les réactions du père envers son fils sont parfois étonnantes. Tel Père Tel Fils raconte l’histoire d’une famille qui va être totalement bouleversée suite à l’annonce de l’hôpital où la mère a accouchée leur disant qu’il y a eu une inversion de bébés à la maternité. En gros: leur fils n’est pas leur fils. Se met donc en place le plus gros dilemme imaginable, échanger ou ne pas échanger les enfants. Dire adieu à l’enfant qu’on a chéri et élevé pendant 6 ans ou ne pas avoir l’opportunité de vivre avec l’enfant du même sang? Difficile d’obtenir une réponse à cette question même si le film tente d’y répondre.

 

Extrait de Tel Père Tel Fils d’Hirokazu Kore-eda (2013)

 

La vision des choses de Kore-eda est en tout cas très intéressante. Elle est sobre mais pleine d’émotions. C’est même plutôt paradoxal parfois quand on voit le comportement de certains, du père entre autres. Le questionnement de la paternité est omniprésent. Quand est-on père? Et surtout, comment est-on père? Qu’est-ce qui prime? Les liens du sang? L’éducation? Ce sont des questions que le personnage se pose en voyant que son fils n’est ni performant à l’école, ni au piano. Pas étonnant, ce n’est pas son fils. Constat difficile. En tant que spectateur, on est autant déstabilisé que le protagoniste de l’histoire. Les émotions sont parsemées un peu partout. Kore-eda capte des instants de la vie et les distribue aux spectateurs à l’état brut. Le jugement, ce n’est pas lui qui le fait, c’est nous.

 

Extrait de Tel Père Tel Fils d'Hirokazu Kore-eda (2013)
Extrait de Tel Père Tel Fils d’Hirokazu Kore-eda (2013)

 

Si cela fonctionne, c’est grâce au casting qui est d’une justesse incroyable. Les acteurs sont d’un naturel étonnant. Mention spéciale aux enfants car leur partition est loin d’être facile à jouer. Le père, Ryota, est  joué par Masaharu Fukuyama. Celui-ci parvient à donner toute l’austérité nécessaire à ce rôle. Ce n’est pas évident de jouer un père qui donne si peu de signes extérieurs d’amour alors qu’il essaie de façonner son fils à son image. Fukuyama y parvient avec brio. Le reste du casting est loin de démériter, les enfants particulièrement comme je le disais plus haut.

 

Pour conclure, Tel Père Tel Fils est, au delà d’être une simple critique de la société japonaise, une réflexion universelle qui touchera tout le monde, les parents particulièrement. En plus de son fond plus qu’intéressant, la mise en scène de Kore-eda sublime l’ensemble pour donner un résultat alliant émotions et sujet difficile.