Critiques de films, Documentaire

Critique : Tempête sous un crâne, de Clara Bouffartigue

On oublie le bavard Entre les murs et on savoure un vrai documentaire ayant pour trait l’enseignement au collège, Tempête sous un crâne.

 

Affiche du film Tempête sous un crâne, de Clara Bouffartigue
Affiche du film Tempête sous un crâne, de Clara Bouffartigue

 

Au collège Joséphine Baker de Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis, Alice et Isabelle enseignent à la même classe tour à tour agitée, timide, joyeuse, turbulente, mélancolique et vivante : la Quatrième C. La première est professeure de lettres, la seconde d’arts plastiques. Tempête sous un crâne nous plonge le temps d’une année scolaire au cœur de ce collège tenu par une équipe énergique et soudée, dans ses couloirs et dans ses classes où les deux professeures sont bien déterminées à transmettre à leurs élèves les moyens de s’exprimer.

 

Enseigner. Le cinéma, essentiellement sous la forme documentaire, a fait de sa définition pourtant précise, une chose extrêmement vague. Entre les murs apposait ainsi la parole et le contact verbal entre le professeur et ses élèves pendant que Etre et Avoir ou Ce n’est qu’un début tentait de remonter dans l’âge pour en ressortir toute les difficultés et joies de l’apprentissage. Avec Tempête sous un crâne, c’est un court format de 78 minutes où la monteuse de métier Clara Bouffartigue suit l’enseignement de deux professeurs dans un collège classé ZEP. Le dernier détail reste anecdotique, la caméra pouvant être posée dans n’importe quelle structure de France et Navarre, le but étant de montrer comme on peut enseigner une discipline, faire cours dans une classe capable de passer de l’agitation à la joie d’être.

 

Extrait du film Tempête sous un crâne (2012)
Extrait du film Tempête sous un crâne (2012)

 

A notre plus grande surprise, Tempête sous un crâne cache en son sein une écriture, un montage cohérent et des pistes ouvertes traitées avec sincérité et pertinence. Deux matières sont sous le feu des projecteurs, le français et les arts plastiques. L’une est présumée vitale, la seconde purement matérielle. Et pourtant. Le caméra, posée en témoin, va nous plonger dans l’intimité d’une classe de quatrième hétéroclite où des élèves vont apprendre les multiples niveaux de lecture des Misérables de Victor Hugo ou encore apprendre à occuper l’espace sur une feuille vierge, à l’aide d’un seul style bille. C’est donc l’enseignement, ses difficultés, ses enjeux et son plaisir à transmettre le savoir. Rien d’autre. Pas de jugement de valeur, pas de regard méprisant posé sur un élève perturbateur même si ce dernier est confronté à la principale du collège (le documentaire s’égare d’ailleurs lorsqu’il évoque les surveillants). Juste une réalité, qui n’est pas faite pour émouvoir, mais plus pour sensibiliser, apprendre et témoigner. Clara Bouffartigue n’empêchera donc pas son documentaire d’être le témoin des réformes de l’Education Nationale autour des collèges. Néanmoins, le but avoué et largement évident, est de montrer comment ces professeurs interpellent l’élève et le touchent afin de sensibiliser ce dernier à l’enseignement et la réalité qui l’attend dehors. Le cas d’une jeune adolescente trop nerveuse est assez explicite. Face à sa prof d’arts plastiques, elle avoue que son environnement extérieur influe sur son comportement à l’intérieur du collège, lieu où justement, elle doit s’exprimer pour exorciser les problèmes autour. Le documentaire frôle la justesse mais s’avère trop court et finalement abrupt et peu didactique.