Comédie, Critiques de films, Drame

Critique : Terri, d’Azazel Jacobs

D’un postulat intéressant ressort un film faussement émouvant, tiraillé entre la prestation d’acteurs sincères et un scénario archi-convenu. Tel est le Terri, film indé d’Azazel Jacobs.

 

Affiche du film Terri, d'Azazel Jacobs

 

 

Terri vit dans une petite ville des États-Unis où il est difficile d’être différent. Abandonné par ses parents, il est confié à son oncle James, un homme souffrant qui a bien plus besoin de l’aide du garçon que Terri de la sienne. Sensible, maladroit et en surpoids, Terri a pour particularité de se rendre en cours en pyjama. Prenant conscience de façon douloureuse que sa situation l’exclut irrémédiablement du cercle fermé de la vie du lycée, il se résigne à son statut d’étranger. Aussi est-il surpris lorsque le proviseur adjoint aux méthodes peu conventionnelles, M. Fitzgerald, s’intéresse à son cas. Grâce à lui, Terri va tisser une relation inattendue et imparfaite avec deux autres élèves marginaux exclus de l’impitoyable système scolaire : Chad, un solitaire à fleur de peau révolté et angoissé et, Heather, une fille sexuellement précoce, prise au piège de sa propre beauté.

 

 

A l’image de Cyrus, comédie indé et identitaire aussi soporifique qu’amusante, John C. Reilly traîne derrière lui des prestations souvent justes dans des films souvent mauvais. Été 2012, le long métrage Terri, signé Azazel Jacobs, amateur de l’intimiste, prolonge le calvaire du bonhomme. Terri, derrière son synopsis terriblement attachant ne développe rien de neuf, fuyant les clichés tout en y touchant forcément. A force de repousser les non-dits assez évidents, Terri perd le côté touchant de son personnage principal et surtout ne dispose d’aucun rythme. Tout est convenu et linéaire, sans réelle surprise. Inspiré d’une nouvelle de Patrick Dewitt qui concoctera le scénario à l’occasion, Terri subit son sujet plutôt qu’il ne le porte. Autant un drame larmoyant ira jouer la carte du pathos social un peu à la manière de Precious, autant Terri la joue morne et lente avec un personnage agaçant, à la fois perturbé par ses complexes physiques, son passé et ses difficultés à être « sociable ». Attachant sur le papier, Terri est plombé par des longueurs et des évidences silencieuses que le spectateur devine bien avant que celles-ci ne soient plus clairement affichées à l’écran. La force du film aurait pu se cramponner à ce triangle de marginaux étonnant formé par Terri, obèse complexé, Chad ado impulsif et révolté et Heather, une jeune fille prise au piège de sa beauté. L’alchimie aurait pu prendre si seulement la caméra de Jacobs ne se concentrait pas uniquement sur Terri, qui à la longue, devient très lourd (sans mauvais jeu de mots). Il y avait donc un postulat séduisant au départ, pour finir sur une morale froide, fruit d’un scénario convenu qui se refuse au formatage habituel pour finalement ne rien proposer de plus.