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Critique : The Amazing Spider-Man, de Marc Webb

Alors que la trilogie à succès de Sam Raimi est encore bien fraîche dans nos têtes, on a décidé du côté d’Hollywood de rebooter les aventures de l’homme-araignée. Mauvaise idée.

Abandonné par ses parents lorsqu’il était enfant, Peter Parker a été élevé par son oncle Ben et sa tante May. Il est aujourd’hui au lycée, mais il a du mal à s’intégrer. Comme la plupart des adolescents de son âge, Peter essaie de comprendre qui il est et d’accepter son parcours. Amoureux pour la première fois, lui et Gwen Stacy découvrent les sentiments, l’engagement et les secrets. En retrouvant une mystérieuse mallette ayant appartenu à son père, Peter entame une quête pour élucider la disparition de ses parents, ce qui le conduit rapidement à Oscorp et au laboratoire du docteur Curt Connors, l’ancien associé de son père. Spider-Man va bientôt se retrouver face au Lézard, l’alter ego de Connors. En décidant d’utiliser ses pouvoirs, il va choisir son destin…

N’est pas reboot qui veut. Si le terme soit à la mode en ce moment – en plus d’être utilisé à toutes les sauces – la confusion règne parmi certains spectateurs. Rebooter signifie redémarrer, comme un système d’ordinateur. En général, on reboote soit parce que la franchise s’épuise – X-Men en est un bon exemple – soit parce l’œuvre de base commence à dater et que ça ne serait pas déplacé de proposer une vision neuve avec des moyens plus conséquents. On peut soit redémarrer au moment où la saga a débuté, comme le fait si bien notre film, soit redémarrer aux origines, sans pour autant taper dans la case préquelle comme la saga X-Men. Concernant The Amazing Spider-Man, l’idée est venue lorsque le projet d’un quatrième épisode par Sam Raimi est avorté pour diverses raisons. Là un mec producteur, probablement un poil maso, s’est écrié : « et si on faisait un reboot » ?! « Enh mais ouais » rétorquent deux moutons de Sony ! Erreur fatale. La saga de Raimi est bien trop récente, et les dernières générations pourront en témoigner.

Ton exercice tu rateras. Rebooter c’est bien, à condition de savoir quoi en faire. Côté marketing, on a mis les petits plats dans les grands. Un premier trailer au ton grave annonce que nous allons apprendre ce que nous ne savons pas : la vérité ! Tadah… Sauf qu’on attend toujours. En effet, le scénario du film a violemment été chiper le concept de PromOtheus, à savoir « je pose les questions mais je n’y réponds surtout pas ». Foutrement efficace, le principe sert à ouvrir une porte à une nouvelle saga. Reste notre fameux côté sombre. Oui, notre homme-araignée agit de nuit, mais pas seulement. C’est le penchant mystérieux du passé de Parker qui pousse à noircir le trait, avec une musique de circonstance. En fait, The Amazing Spider-Man se voudrait plus mature là où la version de Raimi flirtait avec les niaiseries enfantines. Force est de constater que ce côté plus adulte ne fonctionne pas vraiment, la faute à un mensonge éhonté émanant du distributeur. Que la lumière soit faite !

Un mélange des genres nauséabonds ? Quand Sam Raimi enclenchait la troisième en assumant à 100% son statut de film de super-héros, Marc Webb, bien que passionné par le personnage, n’assume que trop mal le statut de son héros. En effet, il faut attendre la fin du film – et un graffiti – pour une prise de conscience bien tardive de notre Peter Parker. Webb n’est pas un grand familier de la maison comics, ni même des blockbusters. Si physiquement il assure le spectacle (on y reviendra), il s’efforce de faire traverser son film par plusieurs genres différents. Le côté sombre ira chercher dans le thriller, voir la noirceur du film d’horreur, et bien sûr dans le film d’action où la violence ne se voudrait pas feinte – il faut dire que Peter, il en prend plein la tronche quand même. La conscience de devoir faire un film tout public va vite rattraper la chose. On invente des cascades un peu capilotractées faussement romantiques – Gwen balancée par la fenêtre puis rattrapée dans la foulée par le beau gosse en costume moule-bite – et surtout on introduit une romance sur fond de compassion absolument répulsive. Jamais le couple n’est crédible à l’écran. Pour couronner le tout, l’absence d’un humour tranchant remplacé par un vieux discours intello sur les évolutions de la science, ce dont tout le monde se fout. À vouloir trop bien faire, il sera donc bien difficile de cerner ce reboot : tout public ? Divertissant ? Flippant ? Drôle ? Impressionnant ?

 

Un visuel ne fait pas tout. La promotion du film semblait mettre l’accent sur un détail inhérent au personnage. La qualité de l’image et des effets spéciaux est à couper le souffle. Un budget de 220 millions de dollars, ça force au respect. Étonnamment, Marc Webb ne manquera pas d’ingéniosité pour sublimer l’image, le relief, et par-dessus tout les galipettes aériennes de son héros. Armé d’un numérique à toute épreuve et d’une spider-cam – ça ne s’invente pas – il va servir sur un plateau les envolées de l’homme-araignée. C’est impressionnant et beau, surtout pour un type qui a signé dans le passé une comédie romantique, certes superbe, mais académique. Le génie va même plus loin, en embarquant la caméra sur Parker en train de sauter d’un immeuble à l’autre. Sauf que cette belle idée ne sera exploitée qu’avec parcimonie. 45 secondes à tout casser. Dommage, l’immersion y était totale. À l’instar d’un film qui cherche son identité, Webb et son crew vont tout tenter pour en mettre plein les mirettes. Au point de nous caler des CGI (computer-generated imagery) et montrer que désormais tout se fait sur ordi. Elle est où la magie ?

Quid de Spidey ? Avec Sam Raimi, explosait sur grand écran un acteur dont le personnage va lui coller à la peau. Tobey Maguire sera Spider-Man. Le personnage est un petit nerd loser et timide dont la tâche de super-héros va révéler des nouvelles facettes étonnantes. Chez Webb, c’est le non moins talentueux Andrew Garfield (Boy A, The Social Network) qui campera l’homme-araignée. Sauf que Garfield, c’est un beau petit gamin, absolument pas loser, loin d’être un geek à première vue, pas franchement timide non plus. Bref, il a les épaules d’un leader. Du coup, quand l’ado se fait bouger par le rebelle du lycée, on n’y croit pas une seconde. Garfield doit en prime composer avec les errements d’un personnage qui n’ira jamais au bout de ses quêtes (il cherche la vérité sur ses parents et la trouvera pas ; il doit tuer le vilain et ne le fera pas). Face à lui, la belle Emma Stone n’est pas aussi séduisante que ne l’était Kirsten Dunst en M.J. Stop les comparaisons ? Elles sont inévitables, et c’est le lot même d’un reboot. Reste notre vilain joué par le britannique Rhys Ifans, très juste dans le travail de psychologie sur son personnage. Il est en fait le seul à intriguer et à ne pas jouer la carte manichéenne à outrance.

The Amazing Spider-Man laisse un très gros sentiment d’inachevé, au-delà de la respectabilité du divertissement même. Une déception qui forcément, nous oblige à lorgner, voir regretter, Sam Raimi. Le triste sort d’un reboot raté.