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Critique : The Color Wheel, d’Alex Ross Perry

Une quête initiatique traditionnelle dans un road-movie qui physiquement se voudrait original, voici The Color Wheel, second long métrage d’Alex Ross Perry.

 

Affiche du film The Color Wheel, d'Alex Ross Perry
Affiche du film The Color Wheel, d’Alex Ross Perry

 

JR vient de quitter son professeur avec qui elle avait une liaison. Elle demande alors à son jeune frère Colin de l’accompagner dans un road-trip pour récupérer ses affaires chez lui. Le problème c’est que JR et Colin ne s’entendent pas très bien et ce voyage va leur apprendre à se supporter l’un l’autre…

 

 

Avec son style salement hipster et prétentieux, The Color Wheel est un peu l’archétype de ces films faits avec le cœur mais complètement indigeste. Techniquement, Alex Ross Perry renforce son penchant rétro et underground avec des effets visuels ratés. La preuve en est : montage amateur et agressif, prise de son qui relève de l’attentat auditif, sans oublier un captage en noir et blanc avec un grain hideux, histoire de dire « eh, regardez si mon cinéma n’a pas la classe ». Cette fausse identité rétro a tout de l’objet répulsif. Avec le noir et blanc, il a voulu rendre hommage au photographe Robert Frank et signer à son tour une œuvre originale où il capterait l’essence d’une attitude américain tout en racontant son histoire dans le petit microcosme que représente une relation tendue entre un frère et sa sœur. Tout naturellement, The Color Wheel jouera sur les contrastes pour mieux faire vivre son récit. JR est une fille fantasque qui a une certaine idée du rêve et préfère vagabonder tout en restant profondément immature, alors que Colin est un garçon facile dans sa peau, peureux, qui préfère aller travailler, crécher chez ses parents avec sa copine et vivre dans son rythme plan-plan. L’argument d’Alex Ross Perry pour trouver le point de rupture de nos deux protagonistes, c’est la frustration sexuelle contenue en eux. L’intrigue, bien que sympathique – la sœur ambitieuse et son frère lymphatique doivent se rabibocher au cours d’un road-trip – ne captive guère, la faute à des acteurs (Alex Ross Perry et Carlen Altman, tous deux scénaristes) s’estimant assez impliqués pour se permettre de sur-jouer constamment. Ça se coupe la parole, ça dégurgite un texte souvent inintéressant et ça se voudrait drôle alors que l’effet produit en est tout le contraire. En somme, c’est totalement hermétique et pompeux. Une réflexion sur le pardon fraternel et les sentiments remis en question qui lorgne du côté des grandes comédies romantiques hollywoodiennes, sans pour autant en sublimer la quintessence. Un final transgressif vient alors dérouter, une façon originale de ne pas tomber dans le piège d’une ultime scène académique. Trop peu pour sauver un objet prétentieux, hautain et d’un ennui profond.

 

 

L’avis : Ton rétro-indé de sortie, The Color Wheel répulse plus qu’il ne fascine. Aucun charme n’opère autour de l’esthétique underground, ou même des personnages stéréotypés qui n’intéressent plus personne, surtout quand ces derniers se retrouvent au milieu d’une intrigue sans inspiration.