Comédie, Critiques de films, Drame

Critique: The Day He Arrives – Matins calmes à Séoul, de Hong Sangsoo

Quand le réalisateur de HA-HA-HA s’amuse à regarder avec dérision l’univers du cinéma, l’existence de l’être et les sentiments, cela donne le tout aussi étrange que loufoque The Day He Arrives (Matins calmes à Séoul).

 

The Day He Arrives, de Hong Sang-Soo, affiche
The Day He Arrives, de Hong Sang-Soo, affiche

 

Seungjun, un professeur de faculté autrefois cinéaste, vient rendre visite à son ami Youngho à Séoul. Il déambule dans le quartier de Bukchon, au nord de la capitale. Il rencontre de jeunes étudiants en cinéma qui finissent par l’exaspérer puis renoue, le temps d’une nuit, avec son ancienne maîtresse Kyungjin. Le lendemain, il rejoint dans le restaurant « Le Roman » Yungho et son amie Boram et fait connaissance de Yejeon, la jeune et jolie patronne de l’établissement. Les rencontres et discussions se poursuivent au fil des jours, dans un espace-temps indéfinissable, jusqu’à ce qu’une jeune inconnue ne le prenne en photo, ne fixant de lui qu’un visage mélancolique et distrait…

 

Extrait du film The Day He Arrives, de Hong Sang-Soo (2012)
Extrait du film The Day He Arrives, de Hong Sang-Soo (2012)

 

 

Non Hong Sangsoo n’est pas en mal d’inspiration, bien que ce Matins calmes à Séoul puisse dérouter certains spectateurs. Sorte d’instropection un poil personnelle, ce long métrage est une petite perle rare, signée par la patte d’un réalisateur atypique. Comme un symbole, The Day He Arrives est le second long métrage du réalisateur tourné en noir et blanc après La Vierge mise à nu par ses prétendants. Comme une continuité, il réunit autour de lui une équipe réduite mais composée par des proches. Après avoir signé HA-HA-HA ou encore La Femme est l’avenir de l’homme, Hong Sangsoo continue d’explorer les relations entre hommes et femmes, approche les désirs (le personnage principal est incapable de réaliser comme de séduire une femme). Comme un regard personnel, Hong Sangsoo s’attaque une nouvelle fois au septième art, après Un Conte de cinéma, d’une manière ici indirecte mais pour autant lucide. On suit les tribulations d’un réalisateur de troisième zone sur les traces de son passé. En ligne de mire, une superbe rencontre avec des étudiants en cinéma qui l’interroge sur son métier et arrive la question fatale « quel regard portez-vous sur vos films » : à cela, le réalisateur répond « je pense qu’ils sont réévalués ». Ce type de répliques aussi savoureuses qu’intelligentes sont assez symboliques d’un regard tout en dérision que Hong Sangsoo porte sur son métier. Si le réalisateur n’a toujours pas trouvé sa place dans le grand public (à Cannes, il est devenu le grand habitué de la sélection Un Certain Regard, ce qui illustre assez bien le personnage), il continue à émerveiller pour son originalité. Si The Day He Arrives manque cruellement de rythme et accuse un certain sens de la répétition, il est resté dans la veine de ce que le réalisateur sait faire de plus saugrenu, alternant le loufoque comme le sérieux avec un brio qui en défrise plus d’un.