Critiques de films, Drame, Romance

Critique : The Deep Blue Sea, de Terence Davies

Pour célébrer le centenaire de la naissance du dramaturge Terrence Rattigan, le réalisateur britannique Terence Davis adapte l’une des plus fameuses pièces de l’auteur, à savoir Bonne fête, Esther. Devenu ici The Deep Blue Sea, le film se pose comme un triangle amoureux très théâtral.

 

The Deep Blue Sea, de Terence Davies
The Deep Blue Sea, de Terence Davies

 

Hester Collyer, épouse de Sir William Collyer, haut magistrat britannique, mène une vie privilégiée dans le Londres des années 1950. A la grande surprise de son entourage, elle quitte son mari pour Freddie Page, ancien pilote de la Royal Air Force, dont elle s’est éperdument éprise. Sir William refusant de divorcer, Hester doit choisir entre le confort de son mariage et la passion.

 

 

Extrait du film The Deep Blue Sea (2012)
Extrait du film The Deep Blue Sea (2012)

 

Marchant sur les pas de William Shakespeare, Terrence Rattigan est devenu en quelques pièces l’un des chapitres de la dramaturgie britannique. Sa Bonne fête, Esther (datant de 1952) était une sorte de Roméo & Juliette moderne prenant place dans une Angleterre de l’après-guerre qui vit au rythme du rationnement et tente de se reconstruire, aussi bien politiquement que sur le plan culturel. Ce contexte sous-jacent au long métrage de Terence Davies fait place à un triangle amoureux comme le cinéma a tant l’habitude d’en voir. Une femme (Rachel Weisz), mariée à un haut magistrat britannique s’amourache d’un ancien pilote de la Royal Air Force, Freddie Page (Tom Hiddleston, le Loki de Thor et Avengers) dont elle tombe éperdument amoureuse. L’homme est sans le sou, mais il est vivant, enjoué et passionné. Avec force flashback, Terence Davies tente d’expliquer les sentiments amoureux, de montrer la passion charnelle mais aussi les obligations d’une femme coincée entre deux hommes et deux classes sociales. Elle est, une nouvelle fois de plus, l’incarnation de la femme moderne se libérant d’un establishment pourrissant. Le discours néo-romantique transpire le déjà-vu. Le triangle amoureux également. Trop théâtral dans l’écriture, irrégulier dans son rythme, difficile de se plonger dans The Deep Blue Sea malgré la beauté de l’histoire. Le montant Tom Hiddleston peine à briller malgré son standing naturel pendant que Rachel Weisz s’évertue à être agaçante, limite vétilleuse. Enfin le troisième personnage, Simon Russell Beale suscite notre compassion, à l’image d’un film qui n’arrive jamais à se détacher de ses enjeux. Ce n’est pas une mise en scène belle et harmonieuse, jouant sur des filtres rétros et un grain vieillissant qui donnera à The Deep Blue Sea un intérêt plus captivant. Par ailleurs, un autre détail anodin signifiait la purge qui prenait forme : la musique. Très omniprésente, ce concerto composé par Samuel Barber est soit criard (et donc insupportable), soit beau, ample et justement trop insistant sur le côté dramatique de l’intrigue. En somme, jamais le film ne trouve son juste milieu.

 

 

L’avis : The Deep Blue Sea se morfond dans une histoire dramatico-romantique qui suinte le déjà-vu et repousse notre envie d’en épouser le propos et d’être touché par ce triangle amoureux dans une Angleterre bouleversée par la Seconde Guerre mondiale. La mise en scène se veut trop léchée et distante, les acteurs trop peu inspirés… du théâtre sur écran, pas franchement ce que l’on recherche dans ce genre d’adaptation.