Comédie, Critiques de films

Critique : The Dictator, de Larry Charles

Le grand provocateur du septième art Sacha Baron Cohen revient avec son metteur en scène fétiche Larry Charles  pour une troisième collaboration, The Dictator, où il brille d’humour cynique et de narcissisme. Convaincant ?

 

Affiche du film The Dictator, de Larry Charles
Affiche du film The Dictator, de Larry Charles

 

Isolée, mais riche en ressources pétrolières, la République du Wadiya, en Afrique du Nord, est dirigée d’une main de fer par l’Amiral Général Aladeen. Vouant une haine farouche à l’Occident, le dictateur a été nommé Leader Suprême à l’âge de 6 ans, après la mort prématurée de son père. Malheureusement pour Aladeen et ses conseillers, les pays occidentaux commencent à s’intéresser de près à Wadiya et les Nations Unies ont fréquemment sanctionné le pays depuis une dizaine d’années. Pour autant, le dictateur n’est pas du tout disposé à autoriser l’accès de ses installations d’armes secrètes à un inspecteur du Conseil de Sécurité. Sur les conseils de son oncle Chef de la Police Secrète, il se rend à New York.

 


Le roi de la provoque serait-il un agitateur de pacotille, un divertissement de premier rang qui s’assagit au fil de sa filmographie ? Il faut dire que Sacha Baron Cohen avait mis la barre très haute. Le comédien brillait dans son Da Ali G Show où il campe un rappeur de seconde zone s’amusant à ridiculiser ses invités. Le passage de l’émission au long métrage n’avait pas convaincu tout le monde. Ali G était une fiction pure et dure, format que le comédien va délaisser au profit du faux-documentaire. Baron Cohen retrouve la fougue de ses débuts dans le brillant Borat réalisé par Larry Charles, où il incarne un journaliste kazakh raciste, homophobe et pour le moins obsédé, en reportage aux États-Unis. Le grand public l’acclame, la critique l’encense. Assez justement d’ailleurs. Du coup, le bonhomme remet le couvert dans un sujet totalement différent : la mode. C’est avec Brüno que le duo confirme. Sacha Baron Cohen y incarne une fashion victim rejetée. La force du comédien réside dans la combinaison entre réalisme du propos critique et sens aiguisé du gag à la limite du politiquement incorrect. Cela peut se traduire de différentes manières : crade, scandaleux, discriminatoire. Le style est imprimé dans les esprits, Sacha Baron Cohen à chaque fois très attendu.

 

Extrait du film The Dictator (2012)
Extrait du film The Dictator (2012)

 

 

Pour The Dictator, l’excentrique Sacha Baron Cohen illustre un sujet casse-gueule et très actuel. Inspiré du roman de Saddam Hussein Zabibah et le Roi, The Dictator, outre le clin d’œil au titre fameux du chef-d’oeuvre de Charlie Chaplin (The Great Dictator en VO) parodie de nombreux chefs d’Etat autoritaire, de Mouammar Kadhafi à Kim Jong-Il dont Aladeen est un fervent supporter. Excitant sur le papier n’est-ce pas ? Mais en retrouvant le format fictionnel, l’humour trash et piquant de Sacha Baron Cohen perd de sa force. Le jeu d’acteur est plus moyen, la place à l’improvisation vacante. La raison ? La présence d’un vrai scénario comme ligne de conduite. C’est ce dernier qui pose problème. En effet, si The Dictator amuse la galerie sur les 45 premières minutes (soyons généreux avec le Général), l’intrigue s’essouffle, perd son esprit cynique et tombe presque trop facilement dans la tendresse malgré quelques petites piques bien senties. On est hilare lorsque le dictateur se retrouve avec sa compagne du jour (la pseudo actrice Anna Faris, une habituée des parodies) à devoir aider une femme enceinte à mettre au monde sa progéniture. Lorsqu’Aladeen introduit sa main dans un orifice, la femme lui indique en hurlant qu’il est dans le mauvais trou. Ce à quoi répond le concerné : « Si j’avais gagné un dollar à chaque fois que je l’ai entendu celle-là ». Ca se passe de commentaire.

 

Extrait du film The Dictator (2012)
Extrait du film The Dictator (2012)

 

Le plus regrettable dans cette histoire, c’est de voir arriver en fanfare, avec force traits, l’aspect romantique du film qui va unir Aladeen et une gérante d’un magasin bio accueillant le dictateur déchu. Autant Sacha Baron Cohen peut être jouissif dans des scènes osées, comme lorsque dans un hélico, il fait flipper deux touristes américains et se moque ouvertement du 11 septembre (c’est la première qu’on en rigole aussi bien au cinéma), autant il peut être ennuyeux avec des répliques tombant à plat. Bref, Sacha Baron Cohen a mis de l’eau dans son vin, offrant à son script bien moins d’intérêt. Il a eu tort. The Dictator ne propose guère plus de surprise que prévu. Force est de constater que l’aspect convaincant résidait plus dans le buzz et l’impressionnante campagne promotionnelle effectuée autour du long métrage que dans ce dernier. Aux dernières nouvelles, on juge encore un film à sa qualité et non ses pouvoirs commerciaux et l’efficacité de son service promo. Mais ça aussi, Aladeen s’en moque et c’est bien pour cela qu’il est le Suprême Leader.

 

L’avis : En choisissant la fiction comme format pour The Dictator, Sacha Baron Cohen perd de sa puissance de feu et distille un humour narcissique avec trop d’irrégularité. Néanmoins sa critique non sans décalage et excentricité, d’un régime autoritaire à travers son personnage principal, ne laisse pas indifférent. Reste à voir ce que le comédien provocateur proposera pour rebondir, et retrouver l’humour saillant qui faisait sa marque de fabrique avec tout l’intérêt qu’on pouvait lui porter. Peut-être a-t-il mis la barre trop haute…