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Critique : The Impossible, de Juan Antonio Bayona

Après l’inattendu succès du thriller psychologique L’Orphelinat, Juan Antonio Bayona transforme l’essai avec The Impossible, premier film en langue anglaise et sublime ode à la détermination.

 

The impossible affiche
Affiche du film The Impossible, de Juan Antonio Bayona

 

L’histoire d’une famille prise dans une des plus terribles catastrophes naturelles récentes. The Impossible raconte comment un couple et leurs enfants en vacances en Thaïlande sont séparés par le tsunami du 26 décembre 2004. Au milieu de centaines de milliers d’autres personnes, ils vont tenter de survivre et de se retrouver. D’après une histoire vraie.

 

 

Fond noir. Le bruit d’une eau vrombissante, combiné à celui du fracas d’une vague meurtrière et aucune image pour l’illustrer. Cette sobriété tragique et puissante qu’utilise Juan Antonio Bayona pour ouvrir The Impossible peut illustrer à elle seule tout l’esprit instigué par le réalisateur barcelonais dans ce film d’une puissance inouïe. Avec ce drame inspiré de faits réels, Juan Antonio Bayona signe son second long-métrage après L’Orphelinat (2007), une sublime œuvre oscillant entre drame psychologique et film d’épouvante intense. Gestion de l’émotion, sens de l’horreur et connaissance du réalisme au beau milieu d’une fiction, autant de qualités que Bayona regroupera dans un seul long-métrage doté d’une vision de l’esthétisme bien identifiée. Cinq ans plus tard pour The Impossible, sorte de superproduction intimiste – on pourrait presque y voir une oxymore mais tout ceci s’explique… – Juan Antonio Bayona a usé des mêmes artifices pour arriver à ses fins. Et de quelle manière. Autour de lui, le même scénariste (Sergio Sanchez, lequel va abattre un travail dingue pour arriver à rendre crédible son scénario), producteur, directeur de la photographie, compositeur mais également le même monteur. Le résultat est bluffant, criant de réalisme et de beauté. Et pourtant, c’était loin d’être gagné tant évoquer ce sujet sur grand écran dans un drame forcément larmoyant à première vue, c’est flirter avec le racolage vulgaire. N’en déplaise aux détracteurs, The Impossible est loin de ce poncif sans fondement.

 

Extrait du film The Impossible (2012)
Extrait du film The Impossible (2012)

 

Des dilemmes, Juan Antonio Bayona et son équipe vont en croiser de nombreux pendant la longue élaboration de ce film (près de deux ans, entre l’écriture, la production et le montage). Filmer l’horreur sans verser dans la pornographie visuelle choquante, ne pas rendre l’émotion transparente à coup d’effets lacrymaux désuets d’intérêts ou encore peindre des personnages crédibles sans contraindre les acteurs à surjouer. Un challenge que surmontera avec maestria le réalisateur espagnol et son équipe. A l’image d’une séquence ahurissante et longue de 10 minutes pour marquer l’arrivée du tsunami et ses premiers dégâts, The Impossible est un exemple de maîtrise en terme d’effets spéciaux. Une séquence spectaculaire et trépidante, et pourtant empreinte de sobriété, tant chaque détail compte pour ainsi fermer la porte au spectaculaire mainstream ou racoleur. Drame habile, The Impossible sait rendre hommage aux victimes, derrière l’histoire vraie d’une famille brisée. D’un vieil homme transportant avec brutalité et conviction une Maria blessée jusqu’à la sensibilité des thaïlandais présents dans l’hôpital grouillant de blessés quelques heures après le désastre. Rien n’est romancé, mais suinte plutôt la documentation accrue et sérieuse d’une équipe qui n’a pas voulu se limiter aux facilités de son scénario.

 

 

Dans The Impossible, Juan Antonio Bayona et Sergio Sanchez ne semblent ménager personne. Pas même leurs acteurs, eux qui se trouvent aux premières loges d’une histoire dramatique qu’ils sont censés incarner au mieux. Ainsi, Naomi Watts avoue avoir vécu le film le plus physique de sa carrière, à l’instar de séquences marines où la beauté australo-britannique s’abîme avec dureté. Même constat avec les enfants, dont on ressort la superbe prestation de Tom Holland, jeune acteur issu d’une formation théâtrale. Pour aller plus loin, et s’approcher au plus près du terme « réalisme », Bayona fait venir sur les lieux du drame Maria Belon, véritable survivante, en tant que consultante. Si Ewan McGregor n’a pas eu les honneurs de Lucas, Naomi Watts profitera du récit de Maria Belon pour s’approcher de son personnage et poser des réflexions autour de l’instinct maternel et du courage pour supplanter la mort. La survivante, au même titre que le spectateur, affronte son passé comme nous affrontons nos peurs qui sont celles, légitimes, d’un personnage dont la vie va basculer en quelques secondes. Cette déconstruction inconsciente, Bayona va s’atteler à la réparer avec une émotion palpable comme une violence sans nom. Sur les terres thailandaises, la production de The Impossible va même jusqu’à débaucher des figurants dont les familles ont également été sauvagement brisées par cet élan naturel. Une véritable catharsis à lui seul. Il est évident, à la vue de ce long-métrage que The Impossible est une sublime retranscription d’une catastrophe sans égal, livrée ici à l’état brut malgré un esthétisme évident et assumé.

 

Extrait du film The Impossible (2012)
Extrait du film The Impossible (2012)

 

L’avis : Un drame épique, chargé d’émotion et brillamment dirigé par un Juan Antonio Bayona confirmant ses talents et son parcours sans faute. Un challenge compliqué, tant The Impossible invitait au pathos larmoyant et à la lecture naïve et romancée d’une histoire vraie et néanmoins tragiques, malgré la beauté surfaite et symbolique de son finish connu d’avance. Avec ce long-métrage, Bayona réussit le tour de force incroyable de proposer un film dur, bouleversant et pas nécessairement Kleenex. Magistral !