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Critique : The Place Beyond The Pines, de Derek Cianfrance

Après le romantico-nerveux Blue Valentine, Derek Cianfrance revient avec The Place Beyond The Pines, Ryan Gosling dans ses bagages. Verdict.

 

Affiche du film The Place Beyond The Pines, de Derek Cianfrance
Affiche du film The Place Beyond The Pines, de Derek Cianfrance

 

Cascadeur à moto, Luke est réputé pour son spectaculaire numéro du «globe de la mort». Quand son spectacle itinérant revient à Schenectady, dans l’État de New York, il découvre que Romina, avec qui il avait eu une aventure, vient de donner naissance à son fils… Pour subvenir aux besoins de ceux qui sont désormais sa famille, Luke quitte le spectacle et commet une série de braquages. Chaque fois, ses talents de pilote hors pair lui permettent de s’échapper. Mais Luke va bientôt croiser la route d’un policier ambitieux, Avery Cross, décidé à s’élever rapidement dans sa hiérarchie gangrenée par la corruption. Quinze ans plus tard, le fils de Luke et celui d’Avery se retrouvent face à face, hantés par un passé mystérieux dont ils sont loin de tout savoir…

 

 

Il fait partie de ses noms qu’il faudra suivre avec grande attention. Derek Cianfrance, 39 ans, déjà auteur de l’ovni Blue Valentine (avec Ryan Gosling, Michelle Williams), vient de confirmer les espoirs placés en lui avec The Place Beyond The Pines. Non sans difficultés, mais avec un grande maestria. Celle d’un type ambitieux, mordu du cinéma et qui en parle magnifiquement bien. D’ailleurs, comme sa philosophie (scénario = création, tournage = vie, montage = mort), ce long-métrage se déroule en trois actes. Ou comment trois films se retrouvent dans un seul. Sans être magistral, parce que habité de nombreux défauts qui nuisent à la rythmique linéaire d’un récit pourtant captivant, The Place Beyond The Pines est une belle démonstration, parce qu’elle aligne la simplicité parfois académique d’un scénario, à la mise en avant de personnages superbes et la sublimation de thème universels.

 

Extrait du film The Place Beyond The Pines (2013)
Extrait du film The Place Beyond The Pines (2013)

 

The Place Beyond The Pines, c’est avant un film sur l’humanité, les culpabilités, les héroïsmes, les instincts paternels, les rachats. Tout est au pluriel dans ce film qui s’accroche à sa ligne directrice pour servir une histoire dense, longue de 2h20, mise en scène avec talent et sublimée par la composition lunaire de Mike Patton, l’une des prises de risque de ce film. Trois histoires, trois (grands) acteurs pour l’occasion, et non deux, comme le laissent croire de nombreux observateurs plus obnubilés par la célébrité que le talent. Il y a donc deux belles gueules d’Hollywood, qui ont tardé à exploser, avant d’occuper massivement les écrans ces dernières années. Ryan Gosling, dans la première, qui après avoir été la muse mono-expressive de Nicolas Winding Refn, retourne avec Cianfrance pour camper un nouveau personnage, hanté par son passé, bien décidé à remplir son rôle de père, malgré son incapacité à sortir d’une spirale infernale. Il dit vouloir prendre un break pour réfléchir sur sa carrière. Tant mieux. Bradley Cooper, la seconde partie, une seule scène haletant avec le beau gosse blondinet aux tatouages et muscles saillants. Il est flic, héros bien malgré lui, rongé par la culpabilité, le remords, mais aussi l’ambition.

 

Extrait du film The Place Beyond The Pines (2013)
Extrait du film The Place Beyond The Pines (2013)

 

Enfin, Dane DeHaan, l’intrigante révélation de Chronicle, qui joue ici un fils prodigue dans une interprétation viscérale qui séduit en tout point, presque autant que ses deux compères stars du film. A la croisée des deux personnages cités, son rôle consiste à catalyser les rages et erreurs accumulés tout en discrétion durant le récit, pour servir une demi-heure folle et nerveuse, intense et presque, oui, bouleversante. C’est tout le brio de Derek Cianfrance de diriger avec simplicité ses acteurs, dicter une narration aux apparences lisses. Pour autant, symbole du manque de crédibilité de ce film très attendu, la séparation de 15 ans entre les deux premiers récits, et le dernier, absolument invisible physiquement parlant, à l’instar d’un Bradley Cooper inchangé. De vilains défauts qui gâche un long-métrage piloté par un type qui a du talent à revendre.

 

 

L’avis : Malgré la longueur, The Place Beyond The Pines ne se pose pas comme un film dense, bien que constitué de trois films en un. Têtes d’affiche de ce drame poignant, Bradley Cooper et Ryan Gosling sont des faire-valoir habités par des personnages captivants, rassemblés en un, sous le visage de Dane DeHaan. Tour à tour blessant et linéaire, The Place Beyond The Pines repose sur ses grandes et belles lignes centrales, des thématiques universelles et une narration lisse qui touche sans difficulté ni esbroufe, en dépit de quelques défauts venant émailler le récit.