Critiques de films

Critique : The Thing, de Matthijs van Heijningen Jr

La chose est de retour. Pas de remake du film de John Carpenter devenu un classique, mais un préquel signé Matthijs van Heijningen Jr, et qui se déroule juste quelques jours avant l’histoire de la version de 1982.

La paléontologue Kate Lloyd part en Antarctique rejoindre une équipe de scientifiques norvégiens qui a localisé un vaisseau extraterrestre emprisonné dans la glace. Elle y découvre un organisme qui semble s’être éteint au moment du crash, de multiples années auparavant. Mais une manipulation élémentaire libère accidentellement la créature de sa prison glacée. Capable de reproduire à la perfection tout organisme vivant, elle s’abat sur les membres de l’expédition, les décimant un à un. Kate s’allie au pilote américain Carter pour tenter de mettre fin au carnage. Aux confins d’un continent aussi fascinant qu’hostile, le prédateur protéiforme venu d’un autre monde tente de survivre et de prospérer aux dépens d’humains terrorisés qu’il infecte et pousse à s’entre-tuer.

On émet toujours la critique assez facile à faire de descendre le remake, reboot ou prequel d’une grande œuvre de cinéma faite auparavant. Le cinéma de genre en a vu passé à ce niveau, et Carpenter le sait d’ailleurs mieux que n’importe qui. Lui qui avait déjà réalisé un remake avec Assaut (version modernisée de Rio Bravo), signera dans sa carrière Halloween la nuit des masques (1979) Christine (1984) Los Angeles 2013 (1996). The Thing figure parmi ses œuvres majeures. Il met en scène Kurt Russell luttant face à d’étranges phénomènes qui s’attaquent à un camp norvégien de l’Antarctique.

Pour le prequel en 2011, c’est une femme (en la personne de Mary Elizabeth Winstead) qui endosse le rôle principal, ce qui constitue une nouvelle approche. Pourtant, The Thing dans sa version prequel n’est foncièrement pas différente de celle construite par Carpenter. La paranoïa, la tension ou encore le soupçon y tiennent un rôle prépondérant et le scénario arrive à correctement s’imprégner de ces éléments pour les faire ressortir à l’écran. L’avantage de The Thing, c’est donc de jouer sur quelque chose de plus physique, dans les décors ou les effets visuels indéniablement efficaces. Certaines iront taxer ce prequel de film trop facile et plastique, mais il fait son effet. Le mélange et une savante utilisation de la tension dans le film, sans jamais déraper, font de The Thing un bon préquel. Preuve que l’œuvre de Matthijs van Heijningen Jr reste près de son mentor, on peut entendre la fameuse musique d’Ennio Morricone (la deuxième partie de Humanity) qui sublime l’ambiance suffocante de cette situation. Un piège de glace, une chose apparemment monstrueuse, deux éléments centraux que le film réussit à dépasser en installant la suspicion entre les survivants du camp. Il y a une ambiance fidèlement retranscrite, dont le film s’empare avec délicatesse et efficacité, le tout valorisé par une interprétation des acteurs, dans lesquels nous retrouvons Joel Edgerton par exemple (Animal Kingdom, Warrior).

The Thing un prequel juste, sans esbroufe, qui ne s’éloigne du classique signé John Carpenter en 1982. Pour une fois qu’un film, suite ou remake, fonctionne correctement, on ne va pas s’en plaindre. Sans surpasser le génie du premier film, ceux qui découvrent The Thing pour la première fois avec le film de Matthijs van Heijningen Jr ne devrait pas être déçu…