Comédie, Critiques de films, Drame

Critique : The We and The I, de Michel Gondry

Pour son huitième long-métrage, Michel Gondry offre un panorama de son cinéma avec The We and The I, un film intimiste et passionnant.

 

Affiche du film The We and The I, de Michel Gondry
Affiche du film The We and The I, de Michel Gondry

 

 

C’est la fin de l’année. Les élèves d’un lycée du Bronx grimpent dans le même bus pour un dernier trajet ensemble avant l’été. Le groupe d’adolescents bruyants et exubérants, avec ses bizuteurs, ses victimes, ses amoureux… évolue et se transforme au fur et à mesure que le bus se vide.
Les relations deviennent alors plus intimes et nous révèlent les facettes cachées de leur personnalité…

 

 

Dernier jour de lycée. Un ultime retour en bus dans un New York déshérité. L’occasion rêvée pour Gondry d’y filmer une bande de jeunes bruyants égrener leurs problèmes, espoirs, ratés, souvenirs et rendre des comptes. En trois chapitres distincts (les tyrans, le chaos et le je), la caméra du fantasque Gondry sera le témoin de cette catharsis sincère et touchante. Le plus américain des réalisateurs français signe avec The We and The I une sorte de film-somme, réunissant à la fois la fibre indé du réalisateur et son penchant docu-vérité. Clipper de base, Gondry s’est fait les dents avec le cinéma indépendant américain avec Human nature comme galop d’essai et le sublime Eternal Sunshine of Spotless Mind en guise de confirmation. Un retour aux sources pour Michel Gondry qui répond via ce film à son amour pour le documentaire et cette attirance pour le monde extérieur qui bouge. Il reprend ainsi les teintes hip hop de son docu Block Party qui montrait à qui voulait le voir que Gondry était un homme curieux et polyvalent en plus d’être un metteur en scène audacieux et sacrément chelou.

 

Extrait du film The We and The I (2012)
Extrait du film The We and The I (2012)

 

Il dresse ici un beau portrait d’une jeunesse grouillante et vivace, celle qu’on écoute rarement et qu’on aura tendance à définir par des clichés. Gondry utilise la liberté que ces derniers dégagent dans l’intimité d’un bus dans lequel il va passer 90 % de son temps, tâchant de nous faire croire un long plan séquence légèrement amateur. Pour autant, si le film met en avant son côté documentaire avec une caméra témoin, Gondry n’en oublie pas ses inspirations loufoques et colorées qui font de lui l’idole d’étudiants parisiens aux Beaux-Arts. Son penchant fantasque, inhérent au style qu’il incarne, ce dernier l’exploite dans les phases de pensées ou flashback que les jeunes évoquent à tour de rôle. En ligne de mire, la fiesta qu’un jeune s’imaginant star raconte à deux jeunes filles. Dans ces moments, Gondry se lâche comme un gamin. Il se met au niveau de son récit sans pour autant lâcher ce dernier que l’on pourra taxer de chiadé en témoigne un poignant final.

 

On se prend au jeu. Comme si le spectateur était une partie vivante de ce bus, allégorie du divan d’un psychologue invisible. Cela fonctionne dès les premières scènes sans que l’on sache où veut en venir le réalisateur. De la fille complexée au jeune diable amoureux, des portraits vont être brisés pendant ce voyage, des masques vont tomber, non sans virulence. Mais qu’importe, cette catharsis étonnante qui résume en partie l’esprit de son auteur, réussit à nous emporter. Et dans cette comédie dramatique qui parait tellement simple sur la forme comme sur le fond, Gondry fait jaillir le génie ingérable qui sommeille en lui lors de fulgurances délicieuses qui amènent une force supplémentaire au récit et atténue la sensation de documentaire. Une petite merveille intimiste, poignante qui saurait résumer parfaitement l’esprit d’un cinéaste indémodable et dont on attend le prochain opus tout aussi fantasque, L’écume des jours.