Catastrophe, Critiques de films, Drame, Romance

Critique : Titanic 3D, de James Cameron

Près de 15 ans après la découverte de ce chef d’œuvre signé James Cameron, Titanic ressort dans une version 3D, restauré et converti. En 1998, j’avais 9 ans. Aujourd’hui 23. On se dit qu’avec plus de maturité, on trouvera Titanic moins léché ou impressionnant, plus niais et téléphoné. Que nenni !

 

Affiche du film Titanic 3D, de James Cameron
Affiche du film Titanic 3D, de James Cameron

 

 

Southampton, 10 avril 1912. Le paquebot le plus grand et le plus moderne du monde, réputé pour son insubmersibilité, le « Titanic », appareille pour son premier voyage. Quatre jours plus tard, il heurte un iceberg. A son bord, un artiste pauvre et une grande bourgeoise tombent amoureux.

 

 

Romance et réalisme. Deux « R » magiques qui allaient, une nouvelle fois, faire basculer le Titanic dans la légende.

 

Je me souviens encore, non pas de la peinture fraîche et de la porcelaine étincelante qui n’avait encore jamais servie, mais plutôt de ce moment de cinéma vécu pendant les vacances de février 1998, dans un cinéma des Côtes d’Armor. A l’époque, le cinéma et moi, c’était un divertissement. A priori, aucune vocation à l’horizon. Mais déjà depuis quelques mois, je m’étais passionné pour l’histoire proprement ahurissante du Titanic et de ses secrets. Je me souviens encore relire et relire les pages du Sciences & Vie de mon père où James Cameron et son équipe racontaient leurs voyages à bord du Titanic, qui gît à 3843 mètres de fond. Epris de l’histoire du Titanic, James Cameron décidait alors d’en faire une fiction, avec romance et réalisme. Deux « R » magiques qui allaient, une nouvelle fois, faire basculer le Titanic dans la légende. Je découvrais alors avec un sentiment mêlé de joie et d’horreur ce qui allait être un futur film culte. Les larmes contenues, mon esprit percutait celui du film, et les images des passagers tentant de survivre à l’eau glacée ont hanté mes nuits suivantes. James Cameron avait réussi à faire un film réaliste d’une efficacité redoutable, ce qui était chose rare. Son histoire se doublait d’une relation amoureuse épique et éphémère entre un pauvre artiste au charme certain (Leonardo DiCaprio) et une illustre bourgeoise, dont la famille l’avait contrainte à se marier pour sauver le nom qu’elle portait (Kate Winslet). Dans les clivages sociaux, alors que la catastrophe se fait plus présente que jamais, James Cameron filmait la beauté d’une romance unique, avec force, émotion et puissance. Jamais un couple à l’écran n’avait été aussi beau, parce qu’enveloppé dans un sens de la mise en scène aiguisé.

 

 

Extrait du film Titanic (1998)
Extrait du film Titanic (1998)

 

 

Le résultat était incroyable. Le succès qui a suivi aussi. Titanic marquait l’Histoire du Cinéma (n’ayons pas peur des majuscules) à jamais, égalant même Ben Hur en briguant 11 statuettes aux Oscars. Le film dépasse allégrement le milliard de recettes à travers le monde et rassemble plus de 20 millions de Français dans les salles obscures. Du jamais vu ! Mais à 9 ans, on n’a pas encore conscience de tout cela, ni de ce que cela représente. On ne sait d’ailleurs pas non plus pourquoi Titanic est présenté pour une œuvre de cinéma, plus qu’un réel film populaire. Fort heureusement, en grandissant, on le revoit… Et voilà que la rumeur est lancée, il y a trois-quatre ans de cela. Pour les cent ans du naufrage, Titanic doit refaire surface à l’écran. Et alors que la 3D commence à connaître son succès (la faute à un autre grand film de Cameron, Avatar), la possibilité d’un Titanic 3D  se laisse entrevoir. 14 février 2012 (la date ne s’invente pas), après des longs mois d’attente, une poignée de Français redécouvrent Titanic sous un autre angle. Et quel angle ! De la profondeur, du relief, un réalisme encore plus fort et pressant, des détails encore plus criards, une émotion renforcée. Plus que jamais, ce Titanic est beau, majestueux.

 

 

Extrait du film Titanic (1998)
Extrait du film Titanic (1998)

 

 

A l’instar de l’affiche, on sentait déjà que Titanic avait évolué avec son temps. En 1998, l’affiche du film arboré un montage kitsch du fameux couple Jack-Rose avec la proue majestueuse du Titanic, le tout dans des couleurs vivaces. Qui pouvait parler de catastrophe alors que l’accent était clairement sur l’aspect romantique tel un nouvel horizon. 14 années plus tard, l’affiche du Titanic 3D a complètement changé ! Le duo est toujours présent, mais cette fois-ci, le couple enlacé a laissé place au couple inquiet, conscient que la mort approche. Le regard de Jack fixé sur l’horreur qui se déroule sous ses yeux alors que le bateau s’enfonce dans l’océan. Il s’accroche à ce paquebot qui a littéralement changé sa vie, dominant au passage la femme qui a bousculé ses sentiments, une Rose au regard paniqué. Les certitudes ne sont plus les mêmes. Le tout sur un fond noir, et un paquebot qui cette fois-ci ne dompte pas les flots mais en dévient sa victime.

 

Extrait du film Titanic (1998)
Extrait du film Titanic (1998)

 

 

Naturellement, l’hypothèse d’une relance commerciale du Titanic (histoire de conforter et affirmer l’hyper-puissance du cinéma de Cameron en tête du box-office mondial) est faite. Logique, et loin d’être fausse. Jon Landau l’avait affirmé, sans aucune hésitation : « ce Titanic sera celui d’une nouvelle génération, celle qui n’a pas eu la chance de le voir en 1998 ». Alors forcément, Titanic va voir grossir ses recettes déjà immenses.

 

« Le Titanic d’une nouvelle génération »

 

Mais ce n’est pas qu’une histoire de billets verts. James Cameron est conscient d’avoir signé en 1998 son film le plus majestueux, et même son dernier-né Avatar n’avait réussi à frôler l’immensité de Titanic. Pourtant, il y avait encore quelque chose à exploiter. Quelque chose qui ne saute pas aux yeux dans une version plate en 2D et qui prend tout son sens en 3D : la profondeur de chaque plan, un relief plus présent. Il n’y a pas qu’un semblant d’esthétisme en plus, il y a une sensation d’immersion plus intense, parce que chaque détail va compter. En renforçant le réalisme du récit par celui de l’enveloppe physique, James Cameron et son équipe de 300 techniciens réussissent un pari osé, loin d’être gagné. Les petits détails – une assiette qui tombe, un pot de fleur sur une table lors d’un dîner, une chaise longue lors d’un travelling où Rose court à sa perte – prennent une importance encore plus intéressante et captivante. Les travaux de pixellisation et de mise en relief sont effectués sur chaque scène, et cela dans le seul but de renforcer encore plus la profondeur déjà utilisée par Cameron en 1997 sur le tournage de Titanic. Visionnaire l’ami James ? On n’en a jamais douté une seule seconde, et sa conversion 3D de Titanic, fait avec des moyens (18 millions de budget) et du temps (60 semaines), prouve qu’un cinéaste, passionné par son sujet, peut nous offrir des grands moments de cinéma. Et ce Titanic 3D en est un.

 

L’avis : Sans avoir pris une seule ride, ce Titanic revisité par la 3D et James Cameron est tout aussi sublime que sa version originale. La profondeur ajoute un plus évident et renforce ce bijou d’émotion et de réalisme dans une nostalgie toujours intense, la beauté d’une image, d’un thème musical intact et magnifique, le tout pour un voyage unique. James Cameron a réussi son pari avec grand brio, et rien pour cela, on retourne en salle dévorer ce grand chef-d’œuvre qu’est Titanic.