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Critique : Trance de Danny Boyle

Le réalisateur de Trainspotting nous emmène dans un nerveux labyrinthe, ultra clippesque et léché, porté par un casting qui détonne pour le cérébral Trance.

Affiche de Trance de Danny Bolyle (2013)
Affiche de Trance de Danny Bolyle (2013)

Commissaire-priseur expert dans les œuvres d’art, Simon se fait le complice du gang de Franck pour voler un tableau d’une valeur de plusieurs millions de dollars. Dans le feu de l’action, Simon reçoit un violent coup sur la tête. À son réveil, il n’a plus aucun souvenir de l’endroit où il a caché le tableau. Ni les menaces ni la torture ne lui feront retrouver la mémoire. Franck engage alors une spécialiste de l’hypnose pour tenter de découvrir la réponse dans les méandres de l’esprit de Simon…

Remis de l’intermède Jeux Olympiques qui a subitement fait prendre conscience à quelques millions de spectateurs que Danny Boyle était un metteur en scène de talent, le cinéaste fête ses retrouvailles avec le cinéma britannique après avoir empilé les Oscars pour Slumdog Millionnaire et servi le faux huis clos sous acides 127 heures. Pour Trance (tourné il y a déjà deux ans), le punk du septième art briton est tombé dans la luxure, le jusqu’auboutisme affirmé et retrouve en même temps la dimension clippesque de son cinéma. Trance, sorte d’objet transgenre qui débute comme un film de braquage servant de tronc avant de voir multiplier son nombre de branches, est un long-métrage étonnant.

Très cérébral, complexifié à souhait, il est aussi sensuel que violent. Une ambiguïté qu’il gardera pour cadre dans chacune de ses phases d’observation, où le spectateur placé au centre d’une intrigue dont il croit connaître les tenants, voit le metteur en scène jouer avec le manichéisme, balloter ses personnages en les mettant face à leurs passés et responsabilités. Scénaristiquement, on essaye de chercher la faille tellement l’histoire paraît incroyable, notamment dans sa seconde partie où pour nous perdre, Danny Boyle et son scénariste John Hodge (à qui l’on doit Trainspotting pour lequel il a remporté un BAFTA) joue la carte du twist à tiroirs repoussant la fin jusqu’à l’étouffement.

Extrait de Trance de Danny Boyle (2013)
Extrait de Trance de Danny Boyle (2013)

Porté par un casting trois étoiles complètement magnétique (James McAvoy le revenant, Vincent Cassel le charme à la française avec l’énigmatique et non moins sculpturale Rosario Dawnson), Trance repose avant tout sur une démonstration qui nappe les faiblesses d’un scénario volontairement alambiqué. De ce thriller moderne et même envoûtant, on se sent comme pris au piège, condamné à devoir aller jusqu’au bout de la peine infligée par un Danny Boyle qui expérimente un nouveau registre. Mais pour se faire, et même si Trance est imparfait (il larguera probablement les anti-esthètes), la diarrhée visuelle est orchestrée par une mise en scène renversante où Boyle utilise toute une panoplie de plans, entre les cadres sous acides, le flashback, le plan renversé, les jeux de miroirs, le tout magnifié par la photographie d’Anthony Dod Mantle, Oscar de la meilleure photo pour Slumdog Millionnaire et dont les derniers méfaits sont au crédit de Dredd.

Dans son jeu d’attraction – répulsion, Danny Boyle nous perd dans un labyrinthe à la fois scénaristique et visuel. Comme happé par la volonté d’aller jusqu’au bout d’une expérience visuelle qui ne laissera pas indemne, le réalisateur de Trainspotting exploite l’hypnose jusqu’à la faire subir à son spectateur. Non sans conséquence(s).