Critiques de films, Drame, Romance

Critique : Trishna, de Michael Winterbottom

Avec une moyenne d’un film par an, il fallait bien qu’un jour le très chic Michael Winterbottom se plante. C’est chose faite avec Trishna, un mélodrame sirupeux aux abusives teintes exotiques de Bollywood.

 

Affiche du film Trishna, de Michael Winterbottom
Affiche du film Trishna, de Michael Winterbottom

 

De nos jours au Rajasthan, Trishna, une jeune paysanne indienne travaille pour son père. Issue d’un milieu défavorisé, elle fait la rencontre de Jay, un séduisant jeune homme fortuné. Charmé, il offre à Trishna de travailler en tant que serveuse dans son hôtel de luxe. Devenus amants, ils vont alors se plonger dans une passion amoureuse, contaminée par une lutte des classes omniprésente.

 

 

Jamais deux sans trois. Après Code 46 et Un cœur invaincu, Michael Winterbottom a décidé de poser une nouvelle fois ses valises en Inde. Cette fois-ci, c’est pour y signer un film entièrement dédié à la cause indienne. Tombé amoureux du Rajasthan lorsqu’il y tourne Code 46, Winterbottom s’est juré d’y revenir. L’idée le travaillait déjà, mais occupé par de nombreux projets, Trishna a été mis de côté. Lorsque le projet revient sur le tapis, c’est l’élaboration du casting qui sert d’élément déclencheur : la sculpturale Freida Pinto et l’acteur Riz Ahmed – les deux acteurs principaux – rejoignent alors le film.

 

 

Extrait du film Trishna (2012)
Extrait du film Trishna (2012)

 

Si le réalisateur boulimique signe au moins un film chaque année (un film par an, dans un rythme très allenien), chaque long métrage est attendu au virage. Winterbottom est loin d’être n’importe qui: Welcome to Sarajevo (1997), Wonderland (1999), 9 songs (2004), Un cœur invaincu (2007), ou encore The Killer Inside Me (2010), on ne compte plus les films notables du réalisateur britannique. Il faut dire que l’homme ne s’est jamais vraiment raté. Insaisissable dans un cinéma dont lui semble connaître la teneur, il signe un nouveau long métrage coincé entre les influences locales du Bollywood et le mélodrame social à fleur de peau. Après sa petite balade gastronomique sur les terres britanniques avec The Trip, Winterbottom change totalement de cadre et de registre ici. Il transpose en Inde le roman de Thomas Hardy, Tess d’Uberville et lui confère une dimension plus moderne et engagée.

 

Extrait du film Trishna (2012)
Extrait du film Trishna (2012)

 

 

L’histoire, assez simple à comprendre, se force à bifurquer sur des chemins qui la plupart du temps ne mènent à rien. Trishna s’égare tandis que le spectateur commence à ressentir une forme de distance avec le récit. Lorsque le dramatique arrive enfin d’une manière évidente et non sous-entendue, le propos perd de sa force. Le personnage incarné par Freida Pinto, une femme de classe défavorisée aux allures de princesse orientale, découvre alors l’envers du décor à savoir son prince charmant se transformant en machiste égoïste. La femme subordonnée et soumise à la réalité ne nous touche pas, ou pas assez. Riz Ahmed n’est guère très convaincant dans la peau de ce jeune homme riche et pourri gâté qui ne sait pas ce que les mots travail et souffrance veulent dire dans une société où la hiérarchie en classe n’est jamais négligé. Rendu sympathique pour les besoins de l’histoire romantique qui occupe une large première partie du film, l’acteur devient transparent, s’efface devant la beauté de Freida Pinto qui pense cacher les défauts d’un film bien trop tendre, lourd et long à la fois. Il semble évident qu’on tient enfin le premier véritable raté de la carrière si riche de Michael Winterbottom. À croire que l’Inde ne réussit pas aux cinéastes britanniques, aussi talentueux puissent-ils être…

 

 

L’avis : Un drame social dirigé par un réalisateur britannique qui empreinte au Bollywood une touche exotique risible et plonge son récit dans un misérabilisme pesant, entre lourdeurs narratives et acteurs décevants, il y a comme un air de déjà-vu. Un constat bien plus triste lorsqu’on se rend compte que c’est l’un des plus grands noms de la mise en scène des quinze dernières années qui dirige cette peinture pleine de clichés sans intérêt.