Comédie, Critiques de films

Critique : Turf, de Fabien Onteniente

Après Camping, 3 Zéros ou encore Disco, Fabien Onteniente tapisse son traditionnel film de pote d’un papier peint aussi original que casse-gueule.

 

Affiche du film Turf, de Fabien Onteniente
Affiche du film Turf, de Fabien Onteniente

 

C’est l’histoire de quatre potes, quatre petits Français : le Grec (l’ostéopathe), Fifi (qui vit chez sa mère, concierge), Fortuné (l’Antillais qui travaille à la Cogex), et Freddy (le flambeur). Ils fréquentent assidument un PMU parisien, Le Balto. Fatigués de perdre le peu qu’ils ont, ils veulent arrêter de jouer au Turf… Oui mais, selon la devise bien connue des turfistes : Jour de perte, veille de gain, le destin frappe au carreau ! Un destin qui porte des costumes de grand faiseur, un joueur de légende, connu comme le loup blanc sur tous les hippodromes, de tous les turfistes et… de la Police des Jeux : Monsieur Paul. Ce « gentleman » de retour aux affaires leur propose d’acheter un crack, en réalité une vielle carne : Torpille. Ils sont quatre… et décident d’acheter chacun une patte du canasson ! La bande du Balto entre alors dans le monde des propriétaires, des combines et des milliardaires d’Auteuil à Monte-Carlo.
Vont-ils triompher ou tout perdre, même leur amitié ? Les chevaux sont sous les ordres !

 

 

Vahina Giocante me confiait en interview avoir dans un premier temps refusé de jouer dans Turf, pour cause de scénario peu consistant, voir tout bonnement inexistant. Puis « Fabien n’aimant pas qu’on lui résiste » a réécrit son personnage et étoffé quelques dialogues. Le cas Giocante serait peut-être à l’image de ce film si Fabien Onteniente, trop certain de son succès malgré des intentions louables, avait écrit un scénario digne de ce nom. Car si Turf dispose de séquences sympathiques et de personnages plutôt attachants incarnés par des acteurs que l’on a pour habitude d’apprécier (Chabat, Baer et Depardieu en tête), c’est un énième long-métrage style Onteniente, boursouflé et lourdingue, qui se pose face à nos yeux dans un ensemble bancal et manquant cruellement de consistance. On ne pourra reprocher à Fabien Onteniente le fait d’avoir voulu faire un film de potes qui rendrait hommage au cinéma dans lequel il a grandi (il cite Un éléphant ça trompe énormément), un film à peu près sincère qui ne postule qu’à une chose : faire rire le public. Mais encore faut-il en avoir les qualités pour ! Hormis quelques blagues relativement bien trouvées, cette cacophonie ambulante prend vite des airs de grand cirque desquels Onteniente n’arrivera à se détacher. Philippe ‘Deschiens’ Duquesne surjoue jusqu’à étouffement de son personnage (voir de son spectateur) quand Édouard Baer s’avère en roue libre ou Alain Chabat en pleine retenue. Finalement dans ce quatuor difforme, Lucien Jean-Baptiste passerait presque pour l’acteur pro droit dans ses bottes qui s’est contenté d’incarner un personnage attachant sans l’esbroufe de ses collèges de plateau.

 

Extrait du film Turf (2013)
Extrait du film Turf (2013)

 

Plongé dans l’univers équidé des courses et du pari, Turf est construit dans un monde complexe et franchement casse-gueule. En tentant alors de l’universaliser et en simplifier les codes, Fabien Onteniente a effacé la teneur primaire de ce monde pourtant très passionnant bien que peu accessible. Que les mecs achètent un cheval pour gagner un petit peu de blé, certes… Mais qu’ils achètent un truc maigrelet à la langue qui pendouille en étant certain d’en faire une star de l’obstacle, c’est légèrement présomptueux, voir insultant pour la profession. Car même si Onteniente martèle que ces quatre potes d’enfance n’y connaissent rien et que ça en fait leur charme, il y a des limites à la connerie aussi prévisible qu’indigeste. Pourtant, ils sont à l’image de quelques rares copropriétaires qui ont un jour acheté un canasson pour trois fois rien, et brillent aujourd’hui sur les champs de course. Sur le papier, ça se tiendrait donc, mais c’est au dialogue et à l’écriture que Turf flanche carrément pour ne jamais franchir le premier obstacle. Pas de réparties, peu de vannes bien senties, une écriture linéaire et un tantinet (juste un tantinet) prévisible, personnages confectionnés à la va-vite… Turf accumule les désagréments qui nuisent au récit et au rythme au film. Si bien qu’à la plus grande surprise, c’est Gérard Depardieu qui aimante les regards et catalyse l’attention dans ce rôle d’escroc qui rappelle Jean Gabin. Il est d’ailleurs le seul à s’en sortir sain et sauf après l’exécution d’un final où Onteniente rejoue Jet Set version monde hippique avec un ton méprisant et désagréable.