Critiques de films, Drame, Science-fiction, Thriller

Critique : Twixt, de Francis Ford Coppola

Après l’esthétique et contesté Tetro, le rétrospectif Homme sans âge, Twixt est le troisième long métrage de Francis Ford Coppola depuis son passage au numérique. Par ailleurs, l’auteur des prodigieux Parrain et Apocalypse Now n’arrive plus à faire l’unanimité. Pire, il déçoit. Simple coïncidence ?

 

Affiche du film Twixt, de Francis Ford Coppola
Affiche du film Twixt, de Francis Ford Coppola

 

 

Un écrivain sur le déclin arrive dans une petite bourgade des États-Unis pour y promouvoir son dernier roman de sorcellerie. Il se fait entraîner par le shérif dans une mystérieuse histoire de meurtre dont la victime est une jeune fille du coin. Le soir même, il rencontre, en rêve, l’énigmatique fantôme d’une adolescente prénommée V. Il soupçonne un rapport entre V et le meurtre commis en ville, mais il décèle également dans cette histoire un passionnant sujet de roman qui s’offre à lui. Pour démêler cette énigme, il va devoir aller fouiller les méandres de son subconscient et découvrir que la clé du mystère est intimement liée à son histoire personnelle.

 

 

Entre beauté et laideur, sublime et trivialité, le Twixt de Francis Ford Coppola n’a pas laissé indifférent la critique. Pour les uns, Francis Ford Coppola est resté ce génie soucieux de la beauté, et qui signerait ici un film aussi mélancolique que doux et passionnant. Pour les autres, le cinéaste s’est payé une œuvre incompréhensible, manquant cruellement de cohérence et justement de génie. Il y aurait presque quelque chose de biographique dans ce film, paradoxalement inhérent au cinéma de Coppola. Coppola est ici un cinéaste de seconde zone, devenu comme tel puisque l’homme n’a jamais réussi à revenir à la cheville des bijoux qu’il réalisait. Comme son héros qui a perdu sa fille, Coppola ressasse intérieurement la perte de l’être cher, depuis celle de son fils en 1986. Comme son héros, Coppola a quitté l’art pour se rapprocher de la bouteille – le pinard étant devenu sa nouvelle passion. Comme son héros, Coppola est un homme libre, qui n’a de compte à rendre à personne – ou du moins le pense-t-il. Comme son héros, Coppola est en quête de liberté, d’escapade folle et inspirée, où la création occupe une thématique aussi physique qu’écrite. Twixt n’a donc rien d’un hasard. Le réalisateur confirmerait s’il le voulait probablement. Mais le moment le plus biographique (voir cathartique) est cette scène, où l’écrivain tente de démarrer son roman : le cinéaste filme d’abord l’installation un peu mécanique, propre et rangée, sur une musique tout droit de la BO de Zoo Tycoon. Soit. Puis, lorsque l’homme commence à trouver une inspiration toujours plus déroutante au fil des verres de pinard ingurgités, le film prend la tournure du grand n’importe quoi.

 

Extrait du film Twixt (2012)
Extrait du film Twixt (2012)

 

 

En somme, Twixt se résumerait à ceci : une incohérence inconsciente entre le réel et le piège du rêve, deux mondes parfaitement différents, que Coppola tente de retranscrire ici dans un marasme profond, quitte à rendre son œuvre soporifique. Difficile d’accrocher à un film foncièrement hermétique, inutile d’essayer de comprendre une histoire qui sent le déjà-vu à des kilomètres et dont le final sans queue ni tête pousserait presque à dire que son auteur n’avait donc vraiment rien à dire. Francis Ford Coppola se gave (et nous gave) de références littéraires (de Stephen King à Edgar Allan Poe en passant par Charles Baudelaire) dans un scénario aussi fantasque qu’incohérent, le tout dans un bourbier sans nom et une imagerie flirtant avec la surenchère plastique.

 

Extrait du film Twixt (2012)
Extrait du film Twixt (2012)

 

 

Lorsqu’on regarde Twixt, son esthétique léchée et son penchant loufoque, on se dit que Coppola est à la fois loin et proche de ses débuts. Loin parce que c’est une enveloppe physique qui ne ressemble en rien au premier film de Coppola, Dementia 13, où sa caméra hésitante livrait un film étonnant, réalisé avec la seconde équipe de  The Young Racers sur lequel travaillait Coppola. Pourtant dans Twixt, il y a aussi ce côté loufoque et fantasque déjà présent dans Dementia 13. Sur la durée du film, Coppola restera sur cette ambiguïté, cette tentation de sortir des sentiers battus, d’essayer avec humour de se regarder dans le miroir sans avoir les yeux fixé sur le nombril. Il essaye. Mais il échoue. Son film est alambiqué, complexe, tiraillé, inutile, tour à tour beau et laid, mal interprété à l’image d’un Val Kilmer qui sert ici plus de pantin que de réel personnage recherché. Il ne s’agit pas ici de sur-vendre un homme, ou de le descendre, ni même de tenter une immersive branlette intellectuelle histoire de montrer que le cinéma du cinéaste est passionnant. Il y a juste un constat : Twixt est insaisissable, virevoltant et en même temps morne, à l’image d’un cinéma de moins en moins appréciable. Francis Ford Coppola est-il perdu pour de bon ?

 

L’avis : Complexe et ambigu, le dernier film de Francis Ford Coppola est aussi agaçant que fascinant, aussi soporifique qu’attachant. Paradoxalement, si dans un passé éloigné, on aurait abusé de superlatifs pour qualifier le cinéma de Coppola, pratiquer un jugement aussi positif aujourd’hui serait une insulte à la carrière d’un homme qui a un jour proposé du grand cinéma. Désormais, il est noyé dans une cuve, et il n’y a visiblement qu’une seule personne qui prend son pied, c’est lui. Twixt aurait fini en direct-to-video que personne n’aurait trouvé à y redire, sans évoquer un quelconque crime de lèse-majesté inhérent à ces grands cinéastes « intouchables » qui s’égarent un peu trop souvent ces temps-ci…