Critiques de films, Drame

Critique : Tyrannosaur, de Paddy Considine

Dans une ambiance froide typiquement britannique, Paddy Considine fait évoluer son Tyrannosaur, un drame social et sentimental émouvant porté par un sublime Peter Mullan.

 

 

Tyrannosaur, de Paddy Considine
Tyrannosaur, de Paddy Considine

 

 

Dans un quartier populaire de Glasgow, Joseph est en proie à de violents tourments à la suite de la disparition de sa femme. Un jour, il rencontre Hannah. Très croyante, elle tente de réconforter cet être sauvage.
Mais derrière son apparente sérénité se cache un lourd fardeau : elle a sans doute autant besoin de lui, que lui d’elle.

 

Une claque comme le cinéma britannique en inflige rarement. Quand un de ces films, qui s’inscrit parfaitement dans la lignée du cinéma social britannique, offre une histoire aussi éprouvante qu’efficace, faisant du misérabilisme apparent de son histoire une force du film, on ne peut que s’empresser de le signaler. Tyrannosaur est un projet de longue date, l’histoire d’un court métrage devenu long. En 2007, Paddy Considine brille à Venise (avant de remporter un BAFTA l’année suivante pour le même court) en obtenant le Lion d’argent pour Dog Altogether. Peter Mullan et Olivia Colman sont déjà de la partie. Considine projette alors de faire un second court, plus centré sur le personnage féminin. Il ne verra jamais le jour. Le potentiel du film ne pouvait se cantonner à ce format, et ne pas exploser face aux regards interloqués du public. Tyrannosaur devient un long métrage pour lequel Paddy Considine écrit un scénario en dix jours. Il prend par ailleurs les premières scènes de son court métrage Dog Altogether, transforme certains points (le chien de Joseph n’est plus empoisonné mais battu à mort, par exemple) et insère le tout pour débuter son long métrage. Suivant le succès de son court, Tyrannosaur fait l’unanimité à Sundance, Dinard et Paddy Considine s’offre le BAFTA du meilleur premier film.

 

Extrait du film Tyrannosaur (2012)
Extrait du film Tyrannosaur (2012)

 

 

Entre violence et compassion, Tyrannosaur flirte avec le bon sentiment autant qu’il effraie. Avec des faux-airs de Ken Loach, Paddy Considine livre une peinture froide de la société britannique et sans clichés, filme les clivages entre la banlieue morne (morte) où tout se ressemble et celle plus aisée qui cache des secrets plus lourds encore. Chaque personnage a son mot à dire, comme si la caméra pouvait leur servir d’objet de catharsis. Au centre, Joseph, un homme tourmenté, enfermé dans une violence, cherchant à évacuer les fantômes de son passé. Raciste, violent, imprévisible et en même temps profondément attachant, Joseph est au bord du gouffre. Si le personnage est naturellement captivant sur le papier, il est rendu extraordinaire par la prestation enjouée de Peter Mullan (Prix d’interprétation à Cannes pour My Name is Joe, un drame social de… Ken Loach), repasse devant la caméra après avoir brillamment réussi son passage à la réalisation avec Neds. Il confère à son personnage une force naturelle presque inouïe, suscite l’interrogation du spectateur sur son passé. Sublimé par les plans en 2.35 de Paddy Considine (à l’inverse de la caméra embarquée typique du cinéma-vérité), Peter Mullan ne tarde pas à nous effrayer, suscitant aussi bien la répulsion que l’apaisement. Il y est bien aidé par une Olivia Colman dont le personnage, également poussé dans ses retranchements, nous touche. Il y a donc bien dans Tyrannosaur tous les ingrédients du très bon film, des thématiques qui se croisent sans jamais se gêner, des bons sentiments sublimés au point de ne jamais agacer le spectateur scotché à son siège, la gorge nouée par des scènes fortes stratégiques parfaitement distillées.

 

L’avis : Tyrannosaur conjugue rage et désespoir dans une chronique sociale qui passe outre les préjugés pour nous livrer deux portraits d’Hommes. Puissant, émouvant et d’une violence évidente, ce premier long métrage de Paddy Considine est une réussite.