Critiques de films, Drame

Critique : Une bouteille à la mer, de Thierry Binisti

Avançant en terrain miné et doté d’un sujet difficile à traiter, Une bouteille à la mer propose une histoire touchante où les bons sentiments peuplent une intrigue prévisible, sans être déplaisant pour autant.

 

Affiche du film Une bouteille à la mer, de Thierry Binisti
Affiche du film Une bouteille à la mer, de Thierry Binisti

 

 

 

Tal est une jeune française installée à Jérusalem avec sa famille. A dix-sept ans, elle a l’âge des premières fois : premier amour, première cigarette, premier piercing. Et premier attentat, aussi. Après l’explosion d’un kamikaze dans un café de son quartier, elle écrit une lettre à un Palestinien imaginaire où elle exprime ses interrogations et son refus d’admettre que seule la haine peut régner entre les deux peuples. Elle glisse la lettre dans une bouteille qu’elle confie à son frère pour qu’il la jette à la mer, près de Gaza, où il fait son service militaire. Quelques semaines plus tard, Tal reçoit une réponse d’un mystérieux « Gazaman »…

 

 


UNE BOUTEILLE À LA MER : BANDE-ANNONCE par baryla

 

 

D’après le roman de Valérie Zenatti qui co-scénarise le film, Une bouteille à la mer s’avère être un drame somme toute agréable, malgré les bons sentiments qui remplissent l’histoire. Rien à voir avec la Bouteille à la mer de 1999 avec le duo Kevin Costner – Robin Wright. Le but n’est pas ici d’être romantique, bien que le film soit dans son ensemble romancé, notamment dans son traitement historique. Une jeune israélienne, néophyte aux idées pro-israélienne, s’indigne dans une courte lettre de la situation suffocante du Proche-Orient, après avoir assisté à un attentat. Une réaction emplie d’humanisme qui part d’un constat récurrent. Le but est qu’un Palestinien trouve la bouteille en question, et réponde à la lettre. Sans surprise, c’est ce qu’il va se passer. Se développe alors un échange épistolaire moderne (par mail) entre les deux jeunes adultes que tout oppose. L’une semble un peu naïve face au conflit dans lequel son pays d’accueil (elle est française d’origine) livre face à l’entité palestinienne. De l’autre côté, le mystérieux « Gazaman », victime des bourrages de crâne incessants et quotidiens, campe sur l’idéologie, flirtant doucement avec le cliché du « palestinien=hamas. Cliché vite effacé, par un autre, plus romanesque.

 

 

 

L’intérêt du film réside dans le fait que nos deux personnages ne se confronteront qu’à travers les mots. Impossible pour eux de se rencontrer, ils sont prisonniers de la guerre qui sévit depuis plusieurs décennies et gangrènent de nombreuses familles. Le sujet semble déjà vu. Elie Chouraqui avait signé un insignifiant O Jérusalem alors que Eytan Fox jouait la carte des romances difficiles danse The Bubble, pendant que Elia Suleiman brillait avec Intervention Divine et l’impossible histoire d’amour entre deux palestiniens et dont le point commun avec notre film était l’impossibilité de franchir un mur. L’incommunicabilité, toujours au cœur des relations humaines, est ici cassé par la volonté fugace de nos jeunes adultes. Thierry Binisti souhaite livrer un portrait humaniste d’une seule personne, un mythe qui n’a cessé de nourrir l’imagination de nombreux cinéastes. Il faut bien avouer que le conflit israélo-palestinien garde un potentiel romanesque et dramatique fort. Une Bouteille à la mer ne déroge pas à la règle et enchaîne les bons sentiments, bien que celui-ci ne parle jamais de romance.

 

 

Extrait du film Une bouteille à la mer (2012)
Extrait du film Une bouteille à la mer (2012)

 


A travers le personnage de Tal, se développe un message de paix inhérent. La confrontation des idées est présente, mais au lieu de nous inviter au début, ces propos restent vagues, limités et trop simplement évoqués. Une raison à cela : impossible de définir une guerre aussi complexe uniquement par des mots. Les images suffisent bien à traduire l’horreur, mais les mots n’ont ici que peu de poids face à la réalité. Il n’y a pas la volonté de dire la vérité, juste de livrer, une nouvelle fois, une histoire singulière dans un enfer bien réel.

 

Caché au milieu de quelques longueurs et d’une intrigue sans réelle surprise, Thierry Binisti livre ses meilleures idées et traduit l’ambiance qui règne au Proche-Orient dans quelques trop rares bons plans, dont voici deux exemples mis face-à-face :

 

  • la première scène, un soldat arrive sur une plage coupée en deux par des barbelés et des blocs de béton. Il jette un bouteille a la mer. La caméra filme ensuite un plan plus large ou le spectateur peut voir la mer d’un magnifique azur, en constant mouvement, face à la plage (symbole de la de la liberté et de l’évasion face a l’infini que représente la mer) dont les objets, conséquences de la guerre, incarnent cette cassure. La bouteille apparaît déjà comme un geste désespérée pour savoir ce que l’autre monde pourrait cacher.
  • A cette scène répond une autre située plus loin dans le film: un cessez-le-feu unilatéral décidé, une brise souffle sur un rideau et on voit alors une fenêtre entrouverte, symbole d’un espoir et d’une paix possible un jour, tant qu’il y aura des personnes pour lui permettre de vivre.

 

Cette candeur humaniste incarnée par ce long-métrage n’oublie pas pour autant de dénoncer le cercle vicieux qu’est cette guerre, la difficulté de comprendre les enjeux ou de se faire une opinion. En avait-on réellement besoin ? Pas vraiment. En revanche, son message indéniablement positif et le constat d’échec d’un happy end avorté montre bien que le film recelait de quelques pointes d’intelligence, lui permettant ainsi de se dégager du cercle des mauvais film s’étant embourbés dans ce sujet si difficile.

 

 

L’avis : Derrière les bons sentiments et un propos moyennement pertinent, l’histoire touche et l’interprétation des deux acteurs donne de l’intérêt à ce film qui arrive à éviter le piège du mielleux en offrant quelques éclairs d’intelligence et un romanesque modéré.