Critiques de films, Drame, Thriller

Critique : Une histoire d'amour, d'Hélène Filières

Premier long-métrage du mannequin Hélène Filières, Une histoire d’amour livre un thriller noir tenu délibérément poseur. Chronique d’un exercice raté.

 

Affiche du film Une histoire d'amour, d'Hélène Filières
Affiche du film Une histoire d’amour, d’Hélène Filières

 

 

Elle l’a rencontré un soir de printemps, elle est devenue sa maîtresse.
Il lui a offert un revolver, elle une combinaison en latex.
Imprudent, il lui a proposé un million de dollars.
Insatiable, elle est venue lui rappeler ses promesses…

 

 

A choisir, Hélène Filières donnerait raison aux Rita Mitsouko plutôt qu’à la pensée naïve souvent croisée sur la plateforme de ‘blog’ Skyblog. Les histoires d’amour finissent mal (en général), comme celle que le banquier Edouard Stern vécu en 2005 et l’amènera à recevoir une balle dans la tête, œuvre de sa maîtresse Cécile Brossard. Pour son premier long-métrage, Hélène Filières adapte Regis Jauffret et son roman Sévère, lui-même libre adaptation de ce fait divers connu sous le nom d’Affaire Stern. Plutôt que d’opter pour la peinture d’une relation passionnelle irrésistiblement destructrice comme Boarding Gate, Une histoire d’amour va préférer dresser le portrait intime de ce banquier, véritable machine à billets verts dont la culpabilité n’a d’égal que son égo. Il va alors rechercher sa punition dans le sadomasochisme, la recherche du plaisir dans la douleur.

 

Extrait du film Une histoire d'amour (2013)
Extrait du film Une histoire d’amour (2013)

 

Pour Hélène Filières, Benoît Poelvoorde va livrer le rôle le plus noir de sa carrière. L’acteur, qui refuse aujourd’hui d’évoquer le film ou d’en faire la promo (conséquence d’un tournage tendu), est d’ailleurs le seul véritable intérêt de ce long-métrage tristement poseur. Dans son esthétique de catalogue pour designer,  Une histoire d’amour essaye de jouer avec les formes et l’espace géométrique, notamment par cette maison appartenant au banquier, dont on ne pense jamais en ressortir. Dans son penchant salement sentimental, le film d’Hélène Filières s’attache à marquer avec violence les sentiments d’un homme pour une femme. Deux personnages dont on comprend difficilement les trajectoires de course. Hormis que son obstination le mènera, lui, à sa perte. On devrait presque voir naître alors une forme de compassion, qui agirait certainement de manière bénéfique, si le film ne s’évertuait à se morfondre dans son hermétisme noir, versant dans le cru pour mieux heurter notre sensibilité.

 

 

L’avis : Thriller noir grimé en huis clos à la violence non feinte, Une histoire d’amour s’enferme dans son esthétisme léché et sa musique à la langueur quasi enivrante (Etienne Daho peut encore être un créateur, c’est rassurant). Un film choc à la chorégraphie presque trop parfaite. A l’image de son scénario, Une histoire d’amour est une zone de mystère entière et dérangeante, tant le spectateur cherche à comprendre le point de vue et d’expliquer l’inexplicable dans une œuvre glacée et glaciale.