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Critique : Vous n’avez encore rien vu, d’Alain Resnais

Quatre ans après les inoubliables Herbes Folles, Alain Resnais marque son retour avec un long métrage décliné en ode aux acteurs et à la palabre dans une mise en abyme théâtrale.

 

Affiche du film Vous n'avez encore rien vu, d'Alain Resnais
Affiche du film Vous n’avez encore rien vu, d’Alain Resnais

 

Après sa mort, Antoine, homme de théâtre, fait convoquer chez lui tous ses amis comédiens ayant joué dans différentes versions de sa pièce Eurydice. Il a enregistré, avant de mourir, une déclaration dans laquelle il leur demande de visionner une captation des répétitions de cette pièce : une jeune troupe lui a en effet demandé l’autorisation de la monter et il a besoin de leur avis…

 

Vous n’avez encore rien vu, a dit Alain Resnais. Le titre peut paraître prétentieux, mais il est bien à l’image du film présenté. Ce dernier est une double adaptation de deux pièces signées Jean Anouilh, Eurydice bien sûr et Cher Antoine, l’amour raté.  Vibrant hommage au théâtre et à l’oeuvre d’Anouilh doublé d’un regard auto-critique du cinéaste, Vous n’avez encore rien vu permet à Resnais et ses acteurs d’exploiter un large tissus de sentiments humains, les variations de l’amour dans le temps au travers de trois générations. Fidèle à ses habitudes et les thématiques inhérentes à son oeuvre, Alain Resnais s’amuse à décortiquer les relations humaines, des sentiments amoureux à la jalousie en passant par la colère, les déchirures et l’incompréhension. Il construit avec ce film une véritable attraction type poupées russes, où peu à peu, des acteurs se réapproprient les rôles qu’ils ont joué dans le passé. Une sorte d’hommage pour faire le deuil d’un grand artiste disparu. Ce que Resnais n’est pas encore.

 

Extrait du film Vous n'avez encore rien vu (2012)
Extrait du film Vous n’avez encore rien vu (2012)

 

Pour porter cette originale pièce de théâtre au cinéma, Resnais a réuni des habitués (Sabine Azéma et Pierre Arditi dont leur histoire d’amour est une énième variation de celles déjà vécues) et le meilleur du cinéma français (l’excellent Matthieu Amalric, Anne Consigny, Michel Vuillermoz, Lambert Wilson…) invitant même un petit nouveau à la fête (Hippolyte Girardot). Sans pour autant disposer du brio d’antan, Alain Resnais manipule la caméra et ses acteurs avec un malin plaisir, découpe son film en plusieurs actes forçant le spectateur à venir comme au théâtre, tout en assistant à un travail cinématographique qui montre clairement que la littérature n’a pas d’égal. Il se joue des répétitions, de la passivité du texte ou des décors fondus dans cette salle de cinéma éphémère. On passe ainsi de l’ennui à la passion sans véritable choc narratif, comme l’oeuvre était finalement linéaire, tout le contraire de la carrière si riche d’un Resnais qui nous quitterait, laissant un chapitre du cinéma français pas encore totalement refermé. Du haut de ses 90 ans passés, le vieux cinéaste français montre que l’originalité n’a pas d’âge, que la liberté n’a pas de frontière, tant que l’amour d’un art et une passion peuvent les réunir. Vous n’avez encore vu, qu’il a dit…