Critiques de films, Drame, Thriller

Fast review : Dans la tourmente – Intruders

A l’affiche pour cette deuxième semaine de l’année, une chronique sociale déguisée en polar, et un film fantastique signé d’un réalisateur ibérique en vogue.

 

Dans la tourmente, de Christophe Ruggia

Dans la région de Marseille, un patron prépare à l’insu de ses ouvriers la délocalisation de son usine, couplée d’un détournement de 2 millions d’euros. Franck, l’un de ses salariés l’apprend et, sans en parler à sa femme Hélène, décide avec Max, son ami de toujours, de passer à l’action…

« Pourquoi ceux qui n’ont rien devraient-ils respecter la morale collective, alors que ceux qui ont tout ne la respectent pas ? » A partir de cette problématique aussi intéressante que complexe, le militant Christophe Ruggia se lance dans les dénonciations et l’action pour son long métrage Dans la tourmente. Une chronique sociale doublée d’un polar politiquement « incorrect » et engagé. Le film débute par une bonne mise en place. Une première partie relativement parfaite où les questions et oppositions sont posées simplement et sans trop de difficultés. Signe d’une maitrise certaine, d’une connaissance du sujet et des problématiques que celui-ci peut poser. Les personnages se retrouvent vite face aux dangers de leurs actions, respectant vraiment la sensation indiquée par le titre du film. Le braquage révèle un tout autre danger, qu’ils ne peuvent maitriser. La fiction prend alors le dessus sur un contexte réaliste et pertinent, qui trouvait un écho dans l’actualité.  La dernière partie aurait pu convaincre mais elle s’enfonce un peu plus dans la fiction avec des ficelles un peu trop visibles. Ruggia a enquillé les références politiques, de l’Angolagate assez centrale, à l’affaire Karachi et Clearstream. C’est pertinent par instants, mais cela ne sert qu’a alimenter le côté polar qui domine alors, à défaut d’avoir une véritable réflexion en parallèle.
Si Clovis Cornillac n’est guère plus convaincant que dans 600 kilos d’or pur, son récent film d’action engagé, Yvan Attal (Rapt) brille avec un rôle de composition, très fort, qui n’a pas besoin d’être fouillé pour toucher. Mathide Seigner s’en sort avec les honneurs et apparait comme le personnage à la lente transformation idéologique, bien que celle-ci soit assez prévisible. A l’image du film peut-être.

 
L’avis : Rythmé et intéressant à suivre, Dans la tourmente donne plus à voir qu’à réfléchir, surtout sur la seconde partie.

 

Extrait du film Dans la tourmente (2012)
Extrait du film Dans la tourmente (2012)

 

 

Intruders, de Juan Carlos Fresnadillo

 

 

Bien qu’ils appartiennent à des mondes culturellement et géographiquement distincts, deux enfants, Juan (Izán Corchero) en Espagne et Mia (Ella Purnell) en Angleterre, reçoivent chaque nuit la visite d’un intrus sans visage, un individu terrifiant qui cherche à prendre possession de leur être. Sa présence devient de plus en plus oppressante, s’immisçant petit à petit dans leur quotidien et celui de leurs proches. L’angoisse atteint son paroxysme quand leurs parents deviennent eux aussi témoins de ces apparitions.
Le point fort du cinéma fantastique espagnol, c’est de flouter les frontières entre la base réelle –notre monde- et la partie fantastique, soit sous la forme d’un conte, soit d’une pure création originale. C’est pour cela que des créations hispanophones comme Le Labyrinthe de Pan ou L’Orphelinat fonctionnent aussi bien. Intruders a bien ces éléments en main, Fresnadillo connait le sujet, lui qui avait réalisé Intacto et 28 semaines plus tard. Mais il n’arrive pas à captiver le spectateur, à jouer avec ses nerfs et ses sentiments. Son scénario est trop bancal et souffre également d’une mise en scène qui n’a pas plus de choses à proposer que des crescendos pour faire monter l’anxiogène. Conséquence : jamais il ne nous fait rentrer dans ce fameux entre-deux. Pourtant Fresnadillo arrive à garder éveillé son spectateur, afin de lui livrer la fin de son histoire. Elle apparait suffisamment intrigante pour être suivie, et on croit surtout aux qualités du cinéaste pour un quelconque soubresaut qui embellirait son film. Mais trop d’esbroufe et une histoire pour le moins difficilement convaincante nuisent à l’ensemble. Par exemple, les liens entre la partie anglophone et l’autre hispanophone sont brouillons lorsque l’histoire se dénoue. Cette dernière exploite une fois de plus le thème du poids d’un passé, et l’enfance, pour essayer de remporter l’adhésion. Encore y faut-il la manière.

 

L’avis : Un conte fantastique sans véritable idée scénaristique ou de mise en scène, qui joue plus souvent le bluff que la carte du réel film d’épouvante sauce ibérique.

 

Extrait du film Intruders (2012)
Extrait du film Intruders (2012)