Critiques de films, Drame

Fast review : Dark Horse / Broken

Fin des vacances et reprise du boulot signifient également retour dans les salles obscures. A la fin août, deux films dramatiques aux styles bien différents, se sont offert à nos yeux.

 

 

Dark Horse, de Todd Solondz

 

En salles depuis le 29 août 2012.

 

Abe, la trentaine, s’accroche à son adolescence et notamment à la collection de jouets qui décore sa chambre. Il vit toujours chez ses parents, travaille pour son père qui le considère comme un loser et passe ses soirées à jouer avec sa mère au backgammon.
Lorsqu’Abe rencontre Miranda, trentenaire déprimée revenue vivre chez ses parents, il entrevoit la possibilité d’une grande histoire d’amour et parvient à la convaincre de l’épouser. Alors que le couple prépare cette nouvelle vie, Abe est en proie au doute et au manque de confiance en lui qui le minent depuis l’enfance.

 

Extrait du film Dark Horse (2012)

 

Connu pour l’acidité de son ton si particulier dans des films dressant les portraits de quelques brisés du rêve américain, Todd Solondz (Bienvenue dans l’âge ingrat, Happiness) est rapidement devenu le chouchou d’une partie de la cinéphilie, amoureuse du cinéma atypique. Si l’on s’en réfère aux débuts du cinéaste, il y a de quoi être d’accord. Mais avec Dark Horse, qui à l’inverse de son dernier Life During Wartime, n’a rien d’un pseudo-film choral, Solondz ne semble plus rien avoir à raconter. Son film, mou et dont le propos acide semble clairement absent, repose essentiellement sur le charme attachant des deux acteurs principaux, Jordan Geiber loser de première, et la déprimante Selma Blair. Et si Solondz, preuve que son cinéma attire encore, s’est offert en guest Mia Farrow et Christopher Walken – deux chouettes acteurs qui peinent à retrouver le chemin des bons métrages – tout est leurre. En moins d’une heure et demie, Dark Horse provoque un ennui dont il ne s’extirpera jamais, ne proposant rien d’intéressant, ni dans son aspect romantique, ni dans ses traditionnelles charges critiques envers l’Amérique qui n’ont aucun effet. Toujours est-il qu’à son habitude, Solondz sait créer les divergences. Il a au moins su garder cela.

 

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Broken, de Rufus Norris

 

En salles depuis le 22 août 2012.

 

Après avoir été témoin d’une agression brutale, Skunk se rend compte que la maison où elle vit, son quartier, son école, lui sont devenus étrangers, presque hostiles. Les certitudes rassurantes de l’enfance ont laissé place à l’inconnu et à la peur. Et, alors qu’elle se tourne vers un avenir devenu soudain plus sombre, son innocence n’est plus qu’un souvenir. En cherchant le réconfort dans l’amitié muette de Rick, un garçon doux mais abîmé par la vie, Skunk va se trouver confrontée à un choix. Poursuivre un chemin dans lequel elle ne se reconnaît plus, ou quitter les ruines de son ancienne vie…

 

Extrait du film Broken (2012)

 

L’adolescence brisé en un acte, un apprentissage de la vie adulte en ligne de mire, telle est la consistance du drame social concocté par Rufus Norris. Metteur en scène de théâtre et d’opéra, Broken est son premier long métrage. Avec élégance et teinte pop, Norris place son œuvre dans la veine du cinéma social britannique, de Ken Loach au direct Paddy Considine (on se souvient de son très beau Tyrannosaur), Rufus Norris filme avec réalisme et sans esbroufe une histoire singulière ayant pour décor l’habituelle banlieue dysfonctionnelle britannique, celle qui regorge de secrets et de personnages passionnants. Passionnant, c’est encore le mot qui servirait à qualifier ce beau drame émouvant, porté de bout en bout par sa révélation, Eloise Laurence, qui campe une jeune adolescente voyant son innocence brisée par la violence, la réalité d’une séparation, les premiers sentiments amoureux. Norris y dévoile une narration travaillée entre film choral où la performance d’acteur est d’une importance cruciale, et petit film irrégulier où certains personnages sont malheureusement relayés au second plan. Les performances du très sobre Tim Roth et de Cillian Murphy par exemple, en sont les preuves. Un récit poignant et attachant, dont on ressort, une nouvelle fois, la gorge nouée, où les difficultés d’une parentalité en pleine quête initiatique résonne dans une morale un poil grossière refusant le pessimisme social qui avait fait la force du long métrage dans le déroulement de sa narration.